L'Ecstasy

Inconnue il y a 30 ans, l’ecstasy est aujourd’hui l’une des drogues majeures en Europe. Sa montée en puissance a coïncidé avec celle de la musique techno. Elle est d’ailleurs toujours associée aux rave-parties, où elle circule sous forme de pilules. Ses effets ont longtemps été sous-estimés mais ils sont désormais connus. Elle entraîne ainsi dépression, insomnies, voire même troubles de la personnalité et cirrhoses du foie.

Contrairement au cannabis, l’ecstasy est une drogue de synthèse. Elle est d’ailleurs découverte en 1912 dans des laboratoires allemands. Ils espèrent l’utiliser pour soigner des troubles comme l’anorexie, sans se douter des succès futurs de leur substance.

L’ecstasy est pratiquement uniquement composée de MDMA, une amphétamine stimulant le système nerveux. Elle libère dans le cerveau une substance nommée la sérotonine, à l’origine des effets produits par la consommation d’ecstasy.

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Ecstasy

Pendant 60 ans, on n’entend plus parler de la MDMA. Des médecins envisagent toujours de l’utiliser pour traiter des patients, notamment ceux victimes d’un stress post-traumatique. L’armée américaine essaie même d’en faire un sérum de vérité, sans grande réussite.

Mais pendant ce temps, l’ecstasy fait son entrée dans la rue. Au début des années 1990, elle se rallie au mouvement techno. Symbole des rave-parties, les jeunes la consomment en masse. Moins dangereuse que le tabac ou l’alcool, l’ecstasy semble parfaite pour ces occasions. Elle devient rapidement populaire, commençant une formidable expansion qui ne prendra que 10 ans.

Moins chère que ses rivales, l’ecstasy conquiert petit à petit les marchés au cours des années 2000, jusqu’à être aujourd’hui disponible presque partout en Europe. Le Vieux Continent représente 1/3 du marché désormais et 80% de la production.

Celle-ci se fait dans des laboratoires clandestins, secrets. Se trouvant juste à proximité des lieux de vente. Les centres de production se trouvent au Canada, aux Pays-Bas, en Europe de l’Est, des pays qui paraissaient intouchables. De là, elle s’envole aux 4 coins du monde, en Afrique, en Amérique, en Australie.

L’ecstasy est en 2009 la 2ème drogue dure la plus consommée d’Europe. L’Europe constitue d’ailleurs le marché principal et le plus grand centre de production. En 2006, 8,5 millions de personnes auraient consommé de l’ecstasy au moins une fois dans l’Union Européenne. Parmi elles, 3 millions seraient des utilisateurs réguliers.

72 à 137 tonnes d’ecstasy sont produites par an, la plupart donc en Europe et au Canada. Seuls 6 à 12% de cette production sont saisis par les autorités, un total incroyablement faible, qui s’explique par le peu de frontières traversées. L’ecstasy est souvent fabriquée en Europe pour les Européens.

D’après les chiffres de l’ONU, les consommateurs d’ecstasy seraient de plus en plus nombreux, estimés entre 11 et 20 millions dans le dernier World Drugs Report rendu en 2009.

 

La «pilule d’amour»

Autrefois réduite aux rave-parties, elle semble désormais présente dans presque tous les clubs branchés. L’ecstasy y est vendue de manière illégale, sous forme de pilules. Leur couleur varie en fonction de l’habileté du chimiste. Elle peut être blanche, brune, ou même rose. Chaque couleur est liée à une quantité différente, de 1 à 268 milligrammes de MDMA, la substance stimulante à la base de l’ecstasy. Souvent, un symbole est marqué sur la pilule. Une signature du chimiste, ou une nouvelle confirmation qu’il ne s’agit pas là d’un médicament banal.

A peine, la pilule avalée, les effets sont immédiats. Le consommateur se sent bien, plein d’énergie. Le temps s’accélère. Il n’a plus faim, se sent relaxé. On appelle parfois l’ecstasy la «pilule d’amour» tant elle peut donner une impression de paix intérieure. Cependant, elle ne provoque pas d’effet aphrodisiaque.

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Ecstasy

Ces premières sensations cachent des effets secondaires bien plus dangereux. Car dans le même temps, la tension artérielle augmente, le rythme cardiaque s’accélère, les pupilles se dilatent. Peuvent également arriver des crampes musculaires, ou même des hallucinations. Pire, une fois que les premiers effets ont disparu, le consommateur doit subir la descente, phase d’épuisement et de dépression.

Et cela ne s’arrête pas là. Quelques jours après la prise, des effets se font encore ressentir: un état d’angoisse, de dépression. Le consommateur ressent également une grande fatigue. C’est l’absence de sérotonine, la substance à l’origine de l’excitation, qui opère. Le consommateur s’ennuie, trouve tout ce qui se passe autour de lui lent, pénible.

Il n’a alors qu’une seule envie. Reprendre une autre dose d’ecstasy pour retrouver l’état de quiétude suivant la prise.

 

Des dangers réels

Si les effets ressentis à la première consommation peuvent être ressentis comme du bien-être, ce n’est plus le cas d’un usage régulier de l’ecstasy. Cette première impression se réduit, disparaît presque complètement. Elle laisse place à d’autres effets, beaucoup plus pervers.

La consommation de MDMA peut en effet causer des nausées, des maux de tête. La température de l’organisme s’élève, faisant risquer une hyperthermie. Si la consommation a lieu lors d’une fête ou d’une rave, ce danger est décuplé.

Mais les principales séquelles sont psychologiques. La descente, puis la dépendance en cas d’usage particulièrement intense, peuvent entraîner un état de dépression, d’angoisse permanente. Pire: des troubles de la personnalité sont susceptibles d’apparaître, dus à des hallucinations. Pendant ce temps, le consommateur ne mange plus, ne dort plus. Il maigrit gravement, devient facilement irritable, devenant complètement dépendant.

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MDMA

Dans certains cas, l’ecstasy peut même entraîner la mort de son consommateur. C’est un cas rare, mais que l’on rencontre. Le danger est accentué en cas d’asthme, d’épilepsie, de diabète. 4 personnes meurent en France chaque année à cause de leur usage de la pilule d’amour. Sans que leur consommation ait été massive. La plus petite dose ayant causé la mort relevée est de 150 milligrammes. Des pilules renfermant autant de MDMA sont disponibles par milliers, ne serait-ce qu’en France.

La MDMA attaque aussi durablement le système digestif, pouvant causer des cirrhoses du foie.

 

La drogue des riches

Si le marché est en pleine croissance, la consommation d’ecstasy reste encore marginale. En 1999, seuls 5% des jeunes âgés de plus de 18 ans en France admettaient avoir déjà essayé le produit au moins une fois. Ce chiffre tombe même à 1,8% si on s’intéresse uniquement aux filles. Il ne faut pas oublier que ce nombre est néanmoins en hausse constante depuis 10 ans.

Même si elle s’est popularisée, la MDMA reste proche des milieux techno. Lors d’une enquête réalisée en 2004 sur des  amateurs des courants musicaux électroniques, 64% d’entre eux ont admis avoir déjà consommé de l’ecstasy. La substance reste donc une drogue d’initiés. Elle tourne dans un certain milieu, qui se fournit via des laboratoires occultes tenus par des chimistes plus ou moins rigoureux.

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Laboratoire

C’est ainsi que l’ecstasy a pu être surnommée aussi la «drogue des riches». Non pas tellement à cause de son prix, plutôt  abordable en réalité. Une «pilule d’amour» peut en effet se trouver aux alentours de 10-20€, pour des qualités variables. Mais plutôt pour le profil des revendeurs. Souvent des jeunes des classes aisées, notamment dans les pays émergents, comme au Brésil.

Avec des consommateurs différents des toxicomanes habituels: souvent des jeunes, fans de musique techno, venant des beaux quartiers.

Un statut donc particulier pour une drogue à part. L’ecstasy est peut-être moins dangereuse, mais ses effets toujours sous-estimés. D’autant qu’elle est de plus en plus facile à trouver.