Leo Malet

Léo Malet est né le 7 mars 1909 à Montpellier. Son père meurt de la tuberculose en 1911 et sa mère de la même maladie en 1912. Orphelin, il est élevé par son grand-père, Omer Refreger, qui lui donne le goût de la lecture, notamment Alexandre Dumas, Victor Hugo, les romans de cape et d’épée, le théâtre,… Il écrit son premier livre à l’âge de 8 ans, Le Trésor des Mormont.

Il arrête les études après avoir obtenu son certificat d’études, et commence une série de petits boulots. Il décide en novembre 1925 de se rendre à Paris chez le poète anarchiste André Colomer. Il rêve de devenir chansonnier à Montmartre, ce qu’il fait au cabaret de La Vache Enragée. Il habite alors au Foyer végétalien de la rue de Tolbiac.

[]
Léo Malet

N’étant pas payé suffisamment au cabaret, il devient manœuvre en usines, vit difficilement. Il est trouvé en 1926 dormant sous le pont de Sully et est brièvement emprisonné! Mais il continue d’écrire, notamment dans des revues anarchistes comme L’Insurgé, La revue anarchiste ou l’Homme aux sandales. En 1928 il rencontre sa femme Paulette Doucet qu’il épousera en 1940. Avec elle il fonde en 1929 le cabaret du Poète Pendu.

Il occupe différents emplois, laveur de vitres, téléphoniste, ouvrier, vendeur de journaux,… et habite avec Paulette Doucet villa Duthy dans le 14ème arrondissement, le même immeuble que les Prévert jusqu’en 1934. Puis ils habiteront rue de Vanves (14è arrt), rue de Ponceau (14è arrt), puis dans un HLM rue Henri Gatinot à Châtillon sous Bagneux (où Léo Malet mourra).

 

L’engagement auprès des Surréalistes

Vers 1930 Léo Malet découvre le Groupe des Surréalistes et commence donc à écrire des poèmes surréalistes. En 1931 il demande à rencontrer André Breton qui le convie à une réunion du Groupe le 12 mai au café Le Cyrano. Il est petit à petit intégré au Groupe dont il trouve l’atmosphère «très fraternelle».

[]
Léo Malet

Dans le cadre de cet engagement, il signe plusieurs manifestes, invente le procédé du «décollage» (qui consiste à arracher par endroits une affiche pour voir apparaître celles qui sont en dessous), publie des recueils de poèmes: Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe (1936) et J’arbre comme cadavre(1937).

Le peintre Yves Tanguy le présente à ses amis du Café de Flore : Jacques et Pierre Prévert, Henri Filipacchi, Louis Chavance,…

 

Malet se met au polar…

 Le 25 mai 1940, il est arrêté pour avoir signé un tract subversif. Il est d’abord mis au secret à la prison de Rennes, puis libéré… mais pas pour longtemps car il se fait rafler par les Allemands et interné au stalag XB entre Brême et Hambourg. Un médecin admirateur du Surréalisme va l’aider à en sortir pour des raisons médicales purement inventées.

[]
Recherché pour meurtre

Il revient à Paris et se lie avec Louis Chavance qui travaille alors pour l’éditeur Ventilard. Chavance lui propose alors d’écrire des romans policiers. «C’est payé 3000 francs» lui dit-il. Et Malet raconte: «L’idée de Georges Ventilard, l’éditeur, était la suivante: il pensait que les hostilités continuant, on ne trouverait bientôt plus sur le marché les romans policiers anglais ou américains, interdits d’entrée en France. Or eux seuls captivaient le public. Donc si vous preniez un pseudonyme anglo-saxon et que vous écriviez une histoire qui se passe en Angleterre ou dans une Amérique de fantaisie, la vente était assurée.» (La Vache enragée, 1988).

C’est ainsi qu’il écrit de faux romans américains  dans la collection Minuit dont: Johnny Metal (anagramme de Malet) sous le pseudonyme Franck Harding et La mort de Jim Licking sous le pseudo Léo Latimer.  

 

… et invente Nestor Burma

Après 2 romans refusés par les éditeurs, il décide d’écrire un roman policier plus français et invente donc le personnage de Nestor Burma, qui apparaît pour la première fois dans 120, rue de la Gare. C’est un détective privé par «commodité» dit encore Malet : «Je voulais un type libre, […] sans attache ni lien d’aucune sorte, disons un gars un peu aventureux sinon aventurier, qui peut aller et venir comme bon lui semble, et essaie de gagner son avoine sans trop se déshonorer ou pointer à l’usine. En passant, qu'on me permette de dire que les détectives privés, les vrais [...] me débectent profondément. [...]Burma, je voulais en faire un détective antipathique, car j'avais un préjugé antiflic.» (La Vache Enragée).

[]
120, rue de la Gare

Burma n’est pas Sherlock Holmes, Arsène Lupin ou Hercule Poirot. Il n’a pas le côté flamboyant et héroïque. Les romans sont écrits à la première personne «car, dit Malet, j’avais remarqué en lisant La Moisson rouge, de Dashiell Hammett, et L’Adieu aux armes, d’Hemingway, combien cela donnait un style plus spontané, plus direct ».

Nestor Burma est donc un détective privé qui a sa propre agence, Fiat Lux, dans laquelle travaillent aussi sa secrétaire, Hélène Chatelain, ainsi que Roger Zavatter et Louis Reboul qui l’aident dans ses enquêtes. Interviennent aussi ponctuellement Marc Covet, journaliste au Crépuscule , et Florimond Faroux, de la Police judiciaire.

 

Burma dans les Nouveaux Mystères de Paris

Léo Malet écrit ensuite de nombreux romans, certains sous pseudonymes (romans de cape et d’épée, policiers), La Trilogie Noire, et de nombreuses enquêtes de Nestor Burma (Nestor Burma contre CQFD, 1945; Nestor Burma et le monstre, 1946; Le 5ème procédé, 1948, qui obtient le Grand Prix de littérature policière; Hélène en danger, 1949, etc.).

Puis, en 1951, Léo Malet se fait embaucher comme «emballeur» chez Hachette jusqu’en 1954.

C’est alors, raconte-t-il, qu’«au début des années 50 (…), je m’étais dit, devant le paysage parisien qui s’offrait à ma vue – le métro aérien sur le pont de Passy, la Seine, la Tour Eiffel- que c’était quand même extraordinaire que, depuis Louis Feuillade, et son film Les Vampires, personne n’ait vraiment utilisé ce décor si prestigieux. (…) L’idée me vint d’une série de romans policiers se passant chacun dans un arrondissement, sans en franchir les limites administratives. (…) Maurice Renault trouva l’idée bonne et, spontanément, baptisa la série: Les Nouveaux Mystères de Paris».

Il signe donc chez Robert Laffont pour cette série où une enquête de Nestor Burma a lieu dans chaque arrondissement de Paris. Le premier sort en 1954, Le soleil se lève derrière le Louvre qui se passe dans le 1er arrondissement. Puis 14 titres paraissent jusqu’en 1959 et L’Envahissant cadavre de la Plaine Monceau (17ème arrondissement). Les 5 derniers ne sortiront pas.

Relogé dans un HLM et loin de son fils parti pour l’Algérie, Léo Malet sombre dans une dépression et n’écrit presque plus. Nestor Burma revient au Bercail sort en 1967 et le dernier de la série, Nestor Burma court la poupée en 1971.

Puis les adaptations de ses œuvres prennent le relais: en 1977, La nuit de Saint Germain des Prés de Bob Swain sort, suivi, en 1982, de Nestor Burma, détective de choc, de Jean Luc Miesch avec Michel Serrault, inspiré de M’as-tu vu en cadavre.

Côté BD, c’est Tardi qui à partir de 1982 adapte plusieurs romans de Malet dont Brouillard au Pont de Tolbiac et 120, rue de la Gare. Enfin entre 1991 et 2002, la série télévisée Nestor Burma incarné par Guy Marchand a un succès retentissant.

Léo Malet meurt le 3 mars 1996.

[]
Guy Marchand est Nestor Burma

 

Léo Malet en quelques dates

  • 7 mars 1909: Naissance à Montpellier
  • 1925: Arrive à Paris
  • 1931: Rejoint le groupe des surréalistes
  • 1941: Emprisonné pendant 8 mois
  • 1943 : Sortie de 120, quai de la gare, 1er Nestor Burma
  • 1954 : Se lance dans la série Les Nouveaux Mystères de Paris 
  • 1972 : Fin de la carrière de Nestor Burma
  • 1996 : Mort de Léo Malet

​​​​​​​
Bibliographie avec Nestor Burma

  • 120, rue de la Gare (Novembre 1943)
  • Nestor Burma contre CQFD (Juillet 1945)
  • L'homme au sang bleu (1945)
  • Solution au cimetière (1946)
  • Nestor Burma et le monstre (1946)
  • Le cinquième procédé (1948)
  • Coliques de plomb (1948)
  • Gros plan du macchabée (1949)
  • Hélène en danger (1949)
  • Les paletots sans manches (1949)
  • Direction cimetière (1951)
  • Pas de veine avec le pendu (1952)
  • Nestor Burma en direct (1962)
  • Nestor Burma revient au bercail (1967)
  • Drôle d'épreuve pour Nestor Burma (1968)
  • Un croque-mort nommé Nestor (1969)
  • Nestor Burma dans l'île (1970)
  • Nestor Burma court la poupée (1971)
    ​​​​​​​

Les Nouveaux Mystères de Paris

  • Le soleil naît derrière le Louvre ; 1er arr. (juillet 1954)
  • Des kilomètres de linceuls ; 2e arr. (10 janvier 1955)
  • Fièvre au Marais ; 3e arr. (25 février 1955)
  • La nuit de Saint-Germain-des-Prés ; 6e arr. (mai 1955) Faux frère (juin 1955)
  • Les rats de Montsouris ; 14e arr. (23 août 1955)
  • M'as-tu vu en cadavre ? ; 10e arr. (3 janvier 1956)
  • Corrida aux Champs-Élysées ; 8e arr. (23 février 1956)
  • Pas de bavards à la Muette ; 16earr. (25 juin 1956)
  • Brouillard au pont de Tolbiac ; 13e arr. (octobre 1956)
  • Les eaux troubles de Javel ; 15e arr. (18 février 1957)
  • Boulevard... ossements ; 9e arr. (21 mai 1957)
  • Casse-pipe à la Nation ; 12e arr. (10 septembre 1957)
  • Micmac moche au Boul' Mich' ; 5e arr. (20 décembre 1957)
  • Du rébecca rue des Rosiers ; 4e arr. (18 avril 1958)
  • L'envahissant cadavre de la plaine Monceau ; 17e arr. (18 février 1959)

Les Oeuvres Complètes de Léo Malet sont publiées dans la collection Bouquins, Robert Laffont.

Bande-dessinée
Certains romans ont été adaptés en bandes dessinées par Jacques Tardi

  • Brouillard au pont de Tolbiac
    Casterman, 1982
     
  • 120, rue de la Gare
    Casterman, 1988
     
  • Une gueule de bois en plomb
    Casterman, 1990
     
  • Casse-pipe à la nation
    Casterman, 1996
     

Adaptation cinéma

  • 120 rue de la Gare
    De Jacques Daniel-Norman,  1946
     
  • Énigme aux Folies Bergères
    De Jean Mitry, 1959
     
  • La Nuitde Saint-Germain-des-Prés
    De Bob Swaim, 1977
     
  • Nestor Burma, détective de choc
    De Jean-Luc Miesch, 1982
     
  • Nestor Burma
    Série télévisée avec Guy Marchand: (1991-2002)