Les Apaches

Gang de jeunes bandits, les Apaches ont sévi dans plusieurs quartiers parisiens des années 1880 aux années 1920. Se déplaçant uniquement en bande, les Apaches pratiquaient l'arnaque de rue, le proxénétisme ou encore l'escroquerie, et se sont démarqués des autres truands de l'époque par une certaine forme de liberté de moeurs, ainsi que par la forte composante féminine au sein de leur gang. Retour sur les bas fonds parisiens du début du Xxème siècle.

Quartiers Ménilmontant et Belleville, Paris, début du Xxème siècle. Un groupe de jeunes gens n'ayant pas plus de la vingtaine, cherchent à survivre. Leurs méthodes, pas très orthodoxes, commencent à les faire connaître, tout autant que les journaux de l'époque qui relatent leurs délits. 

Arnaques, viols, proxénétisme, sont leur passe-temps favoris, qu'ils mettent en application dans les hauts quartiers de l'est de Paris, comme la Bastille ou encore la rue Mouffetard.

Rien de bien original pour l'époque, mais ce gang se démarque des autres bandits par leur accoutrement et leurs moeurs libérés, qui choquent les mentalités. 

Les membres du gang se font effectivement remarquer par « l'oeil de biche », un petit tatouage apposé au coin des yeux, les pantalons patt'd'éph', la veste entr'ouverte laissant voir une chemise frippée, la casquette vissée sur la tête, et enfin, détail plus qu'important à leurs yeux: les chaussures, ultra-brillantes, signe distinctif pour épater la galerie. 

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Et puis, chose frappante pour l'époque, ces jeunes gens ne sont pas que des hommes, et la gente féminine prend part aux méfaits attribués au gang. Ces femmes choquent la population, par leurs attitudes libérées et affichées. 

Ce rôle actif des femmes dans l'organisation criminelle de la bande fait d'ailleurs la Une des journaux, à l'instar de Casque d'Or, Amélie Elie de son vrai nom. En 1902, Casque d'Or est une prostituée, dont le surnom fait écho à la lutte que se livrent 2 chefs de bande, Leca et Manda, afin d'obtenir ses faveurs. Casque d'Or fut par la suite immortalisée par Simone Signoret dans le film éponyme de Jacques Becker, sorti en 1952. 

 

Les Apaches - Pourquoi?

Plusieurs explications circulent quant à l'attribution du nom Apaches à ces gangs parisiens.

Certains y voient la trace des rédacteurs en chef des journaux de l'époque, à l'instar de 2 journalistes Parisiens, Arthur Dupin et Victor Morris, qui nomment ainsi les petits truands des quartiers parisiens. D'autres racontent plus volontiers que le surnom Apaches s'est imposé aux différents gangs, ces derniers revendiquant une sorte de lignée de descendance avec les «vrais» Apaches outre-Atlantique des années 1880, Géronimo en tête.

Du début des années 1900 jusqu'à la 1ère Guerre Mondiale, la population parisienne vit donc dans la crainte des ces «Apaches», terme sous lequel sont  également inclus les Auvergnats, les fameux patrons des cabarets-bars.

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Une du Petit Journal illustré

Le 23 janvier 1910, Le Petit Journal illustré, offre une clarification du terme approprié aux bandes de jeunes rôdeurs parisiens:

«C'est au commissariat de Belleville que, pour la 1ère fois, ce terme fut appliqué à nos jeunes malandrins des faubourgs. Ce soir-là, le secrétaire du commissariat interrogeait une bande de jeunes voyous qui, depuis quelque temps, ensanglantait Belleville par ses rixes et ses déprédations et semait la terreur dans tout le quartier. La police, enfin, dans un magistral coup de filet, avait réussi à prendre toute la bande d'un seul coup, et les malandrins, au nombre d'une douzaine, avaient été amenés au commissariat où le panier à salade allait bientôt venir les prendre pour les mener au Dépôt. En attendant, les gredins subissaient un 1er interrogatoire. Aux questions du secrétaire, le chef de la bande, une jeune terreur de 18 ans, répondait avec un cynisme et une arrogance extraordinaires. Il énumérait complaisamment ses hauts faits et ceux de ses compagnons, expliquait avec une sorte d'orgueil les moyens employés par lui et par ses acolytes pour dévaliser les magasins, surprendre les promeneurs attardés et les alléger de leur bourse ; les ruses de guerre, dont il usait contre une bande rivale avec laquelle lui et les siens étaient en lutte ouverte. Il faisait de ses exploits une description si pittoresque, empreinte d'une satisfaction si sauvage, que le secrétaire du commissariat l'interrompit soudain et s'écria: « Mais ce sont là de vrais procédés d'Apaches! »

Apaches!... le mot plut au malandrin... Apaches! Apaches !... oui l'énergie sombre et farouche des guerriers du Far West était assez comparables à celle que déployaient aux alentour du boulevard extérieur les jeunes scélérats qui composaient sa bande... Va, pour apaches! Quand les gredins sortiront de prison -,ce qui ne dut pas tarder, vu l'indulgence habituelle des tribunaux - la bande se reconstitua sous les ordres du même chef, et ce fut la bande des «Apaches de Belleville». Et puis le terme fit fortune. Nous eûmes bientôt des tribus d'apaches dans tous les quartiers de Paris : tant et si bien que le mot prit son sens définitif et qu'on ne désigna plus, autrement les rôdeurs de la grande ville. Aujourd'hui l'expression est consacrée ; la presse l'emploie journellement, car les apaches ne laissent pas passer un jour sans faire parler d'eux... Il ne manque plus que de la voir accueillie par le dictionnaire de l'Académie...»

Puis la 1ère Guerre Mondiale éclate, et en 1920, le terme d'Apaches est abandonné pour définir ces groupes de jeunes voyous. En grande partie car la guerre a engendré des pertes humaines considérables dans cette tranche d'âge qui caractérisait les Apaches. 

 

Les Apaches - Imprudents Apaches

Au début du Xxème siècle, la société française s'émancipe des valeurs religieuses et morales. Les journaux de l'époque ne manquent pas de relayer les grands procès de ce début du siècle, qui apportent leur lot de fascination et d'imaginaire à une grande partie de la population. Quelques périodiques, surfant sur ce goût du fait divers, commencent à relater les exploits délictueux de ces désormais bien connus Apaches, en s'évertuant à créer un sentiment d'insécurité propre à développer le phénomène.  

Ainsi, le Petit Journal, dans son supplément illustré du 16 juin 1901 (n°552), revient sur un délit manigancé par les Apaches, papier occupant la page centrale du journal. 

"Cyclistes attaqués dans le bois de Vincennes par des Apaches  ...Une audacieuse tentative d’assassinat a été commise ces jours ci dans le Bois de Vincennes près de Charenton… Un entrepreneur en maçonnerie, M. Charles Noel, avait été faire une promenade à bicyclette avec une demoiselle Berthe Ruyer… Une grosse corde avait été tentue en travers de la route..."

L'audace caractérise ainsi les crimes commis par les Apaches, entraînant un aspect romanesque dont ne se lassent pas les habitants de Paris. Et bien vite, de nouveaux gangs Apaches se créent dans les grandes villes françaises, comme à Marseille, où une bande de voyous reprennent les us et coutumes de leurs précurseurs parisiens. 

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Le petit journal - Les exploits des Apaches de Marseille

Le Petit Journal du 18 février 1906 développe dans ses pages le cambriolage d'une bijouterie survenue à Marseille. 

"Les cambrioleurs marseillais s’efforcent de dépasser, en audace criminelle, nos malandrins parisiens. Le vol accompli, ces jours derniers, dans la rue Colbert, à Marseille, ... en est la preuve flagrante. 4 individus, qui passaient dans cette rue, s’arrêtèrent soudain devant la vitrine de la bijouterie Harmann. L’un d’entre eux brisa à coups de maillet une grande glace de 2 mètres carrés, tandis que ses complices écartaient les promeneurs arrêtés devant le magasin. Au bruit, M. Harmann, qui se trouvait, avec sa famille, dans son arrière magasin, accourut ; mais il fut arrêté, sur le seuil de sa porte, par un voleur qui, revolver au poing menaçait de le tuer..."

Nous le voyons donc au sein de ces 2 extraits du Petit Journal, les Apaches bénéficient d'une grande médiatisation dans les périodiques, mais ce n'est pas tout. 

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Image du film Casque d'or, de Jacques Becker

Quelques années plus tard, le cinéma s'inspirera des Apaches, au travers de l'histoire de Casque d'Or, cette prostituée incarnée par Simone Signoret en 1952 dans le film éponyme, sous la direction de Jacques Becker. Ce dernier, s'inspirant de l'histoire vraie d'Amélie Elie, réalise une tragédie de la Belle Époque, mettant en scène une prostituée qui se retrouve mêlée à une guerre fratricide entre 2 bandes d'Apaches, respectivement dirigées par Leca et Manda. Sur fond d'histoire d'amour impossible, Casque d'Or, porté par Simone Signoret et Serge Reggiani, immortalisera l'histoire des Apaches sur grand écran.  

Les Apaches du début du XX ème siècle ont donc bénéficié d'une médiatisation qui leur a permis de rester dans l'histoire, médiatisation permise par un contexte social qui était alors en pleine mutation. Ces bandes de jeunes escrocs resteront dans les mémoires de certains quartiers parisiens, dans les cabarets de la Rue de Lappe également, lieux où les 1ers bals musettes ont vibré au rythme des danses apaches. 

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Entrée de la chapelle des lombards, rue de Lappe - DR

 

Les Apaches- En quelques dates

  • 14 Août 1904 : Rencontre d' Apaches et d' agents de police sur la place de la Bastille
  • 18 Février 1906 : Exploit d'apaches marseillais ; Dramatique cambriolage d'une bijouterie.
  • 3 Mars 1907 : Une rafle dans un bar
  • 10 Mars 1907 : Victime du devoir ; Officier de paix blessé par un malfaiteur.
  • 19 Mai 1907 : Atroce vengeance d'un rôdeur.
  • 26 Mai 1907 Pendant l' incendie d' une usine des bandits attaquent les agents et crèvent les tuyaux des pompes.
  • 7 Juillet 1907 : Attaque d'une voiture cellulaire en pleins Paris.
  • 14 Juillet 1907 : Emeutes DU 1er MAI A PARIS Une charge de cavalerie
  • 28 Juillet 1907 : La brigade canine opère une rafle au bois de Boulogne
  • 22 Septembre 1907 : Un fort de la Halle corrigea deux malandrins qui venaient de le dévaliser.

Les Apaches - Bibliographie et Filmographie

Bibliographie:

  • Les apaches de Belleville
    de Marc Tardieu 
    Editions Pascal Galodé,
    2009
     
  • Dans le Paris de la Belle Époque, 
    les «Apaches», 1ères bandes de jeunes
    de Michelle Perrot
    in Les ombres de l'histoire, 
    éditions Flammarion, 
    2001.
     

Filmographie:

  • Casque d'or, 
    de Jacques Becker 
    1952