Les Femmes de Tueurs

Les tueurs en série font l'objet d'une grande attention de la part des médias. Si on les imagine souvent solitaires, certains ont été mariés, souvent plusieurs fois. Se pose alors la question de leurs épouses: que savaient-elles ? Pourquoi n'ont-elles rien dit ? Les 2 cas les plus connus en Europe sont ceux de Michel Fourniret et de son épouse Monique Olivier, ainsi que l'affaire Dutroux qui implique sa femme, Michelle Martin.

Les épouses de tueurs en série rencontrent leurs futurs maris dans diverses situations, qui souvent sont le point de départ d'histoires sordides. Si l'on pense à Monique Olivier, elle rencontre Michel Fourniret lorsqu'il est en prison, après avoir correspondu avec lui durant plusieurs mois. Elle tombe par hasard sur une annonce du journal Pèlerin, indiquant qu'un prisonnier cherche une personne pour correspondre. Elle lui écrit et très vite en tombe amoureuse. Fourniret écrit bien, il la séduit et l'envoûte avec une rapidité effroyable. Monique a eu une vie relativement terne, elle est garde malade, moyennement jolie et s'ennuie. Lorsque Fourniret fait irruption dans sa vie, c'est le grand frisson, jamais elle n'avait espéré être aimée de la sorte. Déjà mariée 2 fois, elle a 2 enfants, Fourniret lui en a 4 mais le nombre de divorces est le même. Séduite, Monique est facilement manipulable, elle a baissé sa garde et commence à perdre ses repères au nom de l'amour. Fourniret lui souffle alors l'idée d'un pacte diabolique: il tuera les hommes qui l'ont humiliée, elle lui fournira des vierges. Elle accepte.

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Michel Fourniret et sa femme, Monique olivier

La suite est connue, c'est elle qui approche les jeunes filles, n'hésite pas à profiter de sa grossesse pour amoindrir leur vigilance, les embarque et les livre à son homme qui les viole et les tue. Monique avoue qu'elle ne s'attendait pas au 1er meurtre. Mais elle accepte, encore. Durant les 16 années de leur vie commune, Monique va «fournir» à son mari environ 6 jeunes filles et assurer un service post-mortem exemplaire. Elle nettoie, camoufle, brûle et fait disparaître tout ce qui pourrait les inquiéter. Et elle élève leur fils, Selim.

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Monique Olivier lors de son procès

Lorsque Fourniret est arrêté en 2003, les enquêteurs mettent un certain temps à constituer son dossier, les crimes ayant été commis entre la Belgique et la France, dans différentes régions, avec des modus operandi variables. Et c'est elle, Monique Olivier qui donnera les clés de son parcours criminel aux enquêteurs. Plus d'un an après l'arrestation de son mari, elle parle à la police et dit ce qu'elle sait. Pourquoi avoir attendu ? Qu'est-ce qui l'a décidée? Certains disent qu'elle a vu le cas de Michelle Martin et qu'elle a pris peur. Elle-même avoue que la séparation d'avec son mari lui a rendu un peu de bon sens et qu'elle s'est rendue compte que tout était allé trop loin. Les experts psychiatriques expliquent que son monde s'est effondré avec l'arrestation de Fourniret et que tout ce sur quoi reposait sa vie depuis 16 ans, tous les mécanismes que son mari avait institués et qu'il entretenait, tout ce sur quoi elle s'était appuyée, tout cela s'était déconstruit d'un coup. Alors commence sûrement l'enfer de la reprise de conscience, quand la réalité revient à la surface, avec les notions de bien et de mal. Monique Olivier avait fait de Fourniret son mentor, son gourou, son Dieu. Elle était fascinée par son intelligence, son charme et la puissance de ses actions.

Elle se confesse mais ne verse pas une larme, confient les enquêteurs. Emprisonnée dans le même institut pénitentiaire que son mari avant leur procès, elle ne souhaite plus lui parler et le couple finit par divorcer quelques années plus tard. Elle a été condamnée à la prison à perpétuité avec 22 ans de sûreté.

 

Michelle Martin

Quelques années avant Monique Olivier, Michelle Martin avait elle aussi épousé un tueur en série pédophile, Marc Dutroux.

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Michelle Martin

Les dysfonctionnements de la justice belge et de la coordination internationale n'ont fait qu'aggraver la situation, permettant à Dutroux un retour en force après une 1ère arrestation. Michelle martin le rencontre en 1981 à la patinoire de Forest  à côté de Bruxelles. La même année elle devient institutrice. Elle ne sait pas qu'il est marié et père de famille, elle l'apprendra plus tard et acceptera la situation. Leurs pratiques sexuelles sont débridées, Dutroux filme leurs ébats, parfois avec une 3ème personne.

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Marc Dutroux

Le couple a un fils en 1984. Dès l'année suivante, elle aide Dutroux à séquestrer des jeunes filles dans leur tristement célèbre maison de Marcinelle avec l'aide de complices. C'est grâce au courage d'une des jeunes filles relâchée que les 2 individus sont arrêtés en 1986. Michelle Martin, alors enceinte est condamnée à 5 ans de prison mais ne fera que 3 mois de préventive. Elle fait une fausse couche en prison. Dutroux est condamnée à plus de 13 ans de réclusion mais il sort en 1992.

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Le mur des témoignages contre l'oubli, juste en face de la demeure du couple Dutroux

Leurs macabres activités reprennent alors et si Dutroux ne se sert pas d'elle pour ses plans de séquestration, elle est tout de même liée à ses activités pédophile. Elle avoue avoir drogué une jeune fille pour son mari qui la viole et la filme durant son sommeil. Elle dit également être au courant de la séquestration de Julie et Melissa, qu'elle est censée allée nourrir durant l'incarcération de Dutroux en 1995. Ne l'ayant pas fait, les 2 jeunes filles sont décédées, Michelle Martin est condamnée pour cela à 30 ans de réclusion pénitentiaire en juin 2004. 

Tout du long, son argument de plaidoirie sera  la peur que lui inspirait son mari et sa bande. Sauf que lorsque Melissa et Julie étaient enfermée dans la cave de leur maison, Dutroux était derrière les barreaux, elle était donc libre de prévenir quelqu'un pour que les jeunes filles soient épargnées. Les experts psychiatriques ne décèlent chez elle aucune pathologie particulière. Elle se dit soumise à son mari, sous influence à l'époque des faits. Elle dit être terrorisée et asservie. Les jurés, les juges et l'opinion ont du mal à conforter cette version des faits.

Une 3ème possibilité serait qu'elle ait peur pour sa vie, que parler à l'époque ait équivalu à mourir, non de la main de son mari mais de celle de quelqu'un d'autre. Sa demande de congé pénitentiaire en 2008 a été rejetée.

 

Au delà des limites...

Ces 2 cas montrent des femmes prises au piège de leur mari, qui n'ont pas su poser de limites, car l'enjeu affectif pour elles était trop lourd. Plutôt que de s'opposer aux agissements de leurs maris, elles ont décidé de les suivre. Dans le cas de Monique Olivier, elle a carrément accepté le pacte diabolique de Fourniret avant de le rencontrer. Michelle Martin semble avoir plutôt laissé une situation se dégrader et la rendre membre active d'une macabre entreprise.

Il y a d'autres cas de figures chez les épouses de tueurs en série, surtout celui de l'épouse qui ignore tout des véritables occupations de leurs maris. L'épouse de Landru par exemple le croyait brocanteur, arpentant le pays pour chiner, acheter et revendre des antiquités et nourrir sa famille. Tandis que lui volait, arnaquait, manipulait et tuait.

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Henri Landru

Linda Yates pas exemple, était mariée à Robert Yates qui lors de son procès avoue le meurtre de 13 femmes. Elle n'avait rien vu, confie-t-elle à la presse. Il y avait bien sûr des indices troublants, avec le recul, mais comment faire le lien et penser à une telle chose ? Elle vivait avec Robert depuis des années, ils ne s'entendaient plus mais elle est restée  pour les enfants. Alors oui il mettait de l'eau de Cologne pour aller chasser et rentrait parfois dans des états d'ébriété avancée, elle a soupçonné une aventure extra-conjugale. Elle n'est pas la seule dans ce cas.

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Linda Yates

Les tueurs en série sont des spécialistes de la double vie, il savent mentir à la perfection, ont réponse à tout. Leur état de dissociation émotionnelle les aveugle presque et ils peuvent être troublants de sincérité ou de cohérence. Les profilers américains insistent sur l'intelligence très développée de la plupart des tueurs en série, intelligence qui construit des raisonnements et des stratégies d'une complexité diabolique. 

 

Bibliographie

  • Tous manipulés ? (avant, pendant, après l'affaire Dutroux)
    Marc Toussaint & Xavier Rossey
    Editions Bernard Gilson
    Bruxelles, 2010 
     
  • J'avais 12 ans, j'ai pris mon vélo et je suis partie à l'école
    Sabine Dardenne, avec la collaboration de Marie-Thérèse Cuny
    [Oh! éditions]
    Paris, 2004
     
  • Intimes convictions
    Françoise Van De Moortel
    Coédition EVO-Réseau des Comités blancs, 1999 
     
  • Michel Fourniret- Monique Olivier, les diaboliques face à leurs juges
    Alain Hamon
    Editions du Rocher
    Paris 
     
  • Michel Fourniret, Monique Olivier, un couple diabolique
    Alain Hamon et Fabienne Ausserre
    Éditions Anne Carrière, 2007 
     
  • Face à Fourniret
    Gilles Latapie
    Éditions Michel Lafon, 2009 
     
  • La face cachée de l’enquête Dutroux & Co
    Michel Bouffioux et Marie-Jeanne Van Heeswyck
    Couleur Livres 
    ​​​​​​​Bruxelles, 2004