Les Techniques d'Interrogatoire

Crimes, délits majeurs ou mineurs, interrogatoires, témoignages...tant de mots auxquels nous sommes quotidiennement confrontés, à la lecture d'un journal, à l'écoute de la radio, ou encore bien assis dans notre canapé, en regardant les JT. 

Derrière ces termes relevant des faits-divers, se cachent des techniques policières bien rodées, que nul, s'il ne l'a pas déjà vécu, ne peut imaginer. Les producteurs de séries TV ou encore les auteurs et réalisateurs ont bien saisi le filon d'or que représentent les techniques policières tant nos écrans et livres  en sont emplis. 

De l'arrestation, à la mise en examen, en passant par le détecteur de mensonge ou l'interrogatoire, quelles sont réellement les techniques policières déployées pour déceler la vérité ?

 

Un délit, une enquête

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La perquisition (crédit photo 20minutes.fr)

Lorsqu’une infraction, un délit ou un crime sont commis, ils doivent être constatés par un officier de police. L'enquête peut alors débuter. L'équipe qui en est chargée doit recueillir des preuves et chercher les auteurs du crime. Agissant sous la direction du procureur de la République (en France tout au moins), l'équipe de police dispose ainsi de moyens de coercition grâce auxquels elle peut exiger des perquisitions et placer les différents suspects en gardes à vue. 

Cependant il ne suffit pas seulement de recueillir des preuves matérielles, d'arrêter un ou plusieurs suspects pour clore l'enquête. N'oublions pas que le droit occidental dans sa grande majorité présume innocent jusqu'à preuve du contraire toute personne suspectée d'infraction. Pour étayer les preuves matérielles amassées au cours de l'enquête, il est nécessaire de procéder à des auditions, d'interroger les témoins, et en dernier lieu, de recueillir des aveux en bonne et due forme. 

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L'interrogatoire, pour écouter les aveux, les versions des faits (crédit photo AFP)

L'interrogatoire, qu'il soit porté sur un témoin ou sur un présumé coupable, se révèle être la pièce maîtresse de toute enquête policière. Sans cela, l'enquête ne pourrait être close ou tout au moins se verrait irrecevable par le parquet chargé de juger l'affaire. 

Quelles sont donc les techniques policières permettant de faire parler les témoins ou suspects lors d'un interrogatoire ? Et par la suite, comment détecter la vérité du mensonge ? 

 

L'interrogatoire ou l'art de faire parler

On parle de coopération, lorsque un plaignant ou un témoin sont interrogés. On peut aussi parler de confrontation lorsque les enquêteurs ont face à eux un suspect. Dans les deux cas toutefois, l'interrogatoire suppose une démarche méthodique. 

La première phase d'un interrogatoire vise à la collecte d'informations. « En début de garde à vue, nous faisons en sorte que la personne interrogée s'exprime le plus spontanément possible », explique un responsable de la formation des Officiers de Police Judiciaire (OPJ). « Ensuite, nous ne nous autorisons que les questions ouvertes, nous devons prendre garde à ne jamais suggérer la réponse. » Dans un second temps, si la collecte d'informations n'a pas été fructueuse, l'officier s'engage sur le terrain de l'interrogatoire accusateur. 

Tout au long de ces deux phases, le langage corporel de l'interrogé est passé au crible : émotions, valeurs, angoisses, toutes les réactions sont analysées et décryptées, permettant ainsi à l'officier en charge de l'interrogatoire de mieux orienter ses questions. 

 

Le détecteur de mensonge : une histoire de vérité

Aujourd'hui, tous les ans, près d'un million de tests au détecteur de mensonges sont effectués aux États-Unis.

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Le détecteur de mensonge, une technologie utilisée aux États-Unis

Cette technologie, non appliquée en France car non reconnue comme preuve devant les tribunaux, fait fureur outre-Atlantique. Les raisons sont à chercher du côté des jurys populaires, sur qui repose l'issue du procès. Ces derniers doivent acquérir la certitude morale de la culpabilité ou non de la personne jugée, sur la simple exposition des preuves. Or, comment des profanes en matière d'investigation peuvent-ils rendre un verdict ? 

Depuis le XIXème siècle, l'expertise en matière de preuves est le nœud central de toutes les affaires criminelles ou délictueuses jugées aux États-Unis. Lorsqu'est apparu, au début du Xxème siècle, le détecteur de mensonges, il s'est vite imposé comme étant l'instrument idéal qui allait permettre aux jurés de rendre un verdict juste en toute objectivité. 

Une question reste en suspens: comment fonctionne cette machine magique qui détecte tout mensonge ? 

 

L’interrogatoire: une étape clé de l’enquête

Les techniques policières d'interrogatoire font l'objet de recherches tant en criminologie qu'en psychologie. Il faut dire que mener un interrogatoire n'est pas donné à tout le monde. Il faut observer et analyser rapidement la personne que l'on a en face de soi, afin de savoir comment mener cet interrogatoire et comment exploiter au mieux les informations ainsi recueillies. Interroger un enfant par exemple, requiert une approche douce qui se traduit bien souvent par l'usage de périphrases.

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Extrait du film Police spéciale, 1963 (crédit photo toutlecine.com)

L'interrogatoire policier n'est en rien une conversation. C'est un condensé de tactiques argumentatives, de tentatives de persuasion, qui s'adapte au contexte et à la personnalité des interrogés. 

Dès les premiers aveux ou témoignages, les officiers de police doivent obtenir le maximum de détails quant aux circonstances du crime ou délit. Une fois les informations clairement établies, les enquêteurs rédigent un procès-verbal qui doit être validé et signé par le témoin ou la personne mise en accusation. 

L'interrogatoire est ainsi la clé de voûte de toute affaire criminelle ou délictueuse, tout au moins en France. 

 

Vous mentez? Non! Faux!

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Le polygraphe, qui permet de mesurer certaines réactions corporelles face aux questions

Cet instrument, qualifié de polygraphique en cela qu’il prend en compte plusieurs paramètres, est en réalité un ensemble d’appareils destinés à mesurer les réactions psychophysiologiques telles que le rythme cardiaque, la résistance électrique de la peau, la respiration ou encore la pression sanguine. Véritable retranscripteur d’émotions, le détecteur de mensonge se base sur le postulat selon lequel le fait de mentir provoque des réactions émotionnelles se traduisant par des manifestations physiologiques quantifiables. 

Par exemple, le stress engendré par un mensonge augmenterait la transpiration et par là-même, la résistance électrique de la peau, facteur mesurable par le détecteur de mensonge. 

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Séance de test au détecteur de mensonge

Au cours de l’interrogatoire avec détecteur de mensonge, des questions générales sont tout d’abord posées (nom, adresse) afin de calibrer la machine, puis les enquêteurs entrent dans le vif du sujet. Les mesures enregistrées sont comparées et si un changement significatif des paramètres physiologiques a été noté, le suspect est accusé de mentir.   

Bien que très utilisé aux États-Unis, que ce soit pour des enquêtes policières ou encore des recrutements, le détecteur de mensonge a néanmoins ses détracteurs. Sa fiabilité, notamment, est vivement critiquée, des experts ayant démontré un très grand taux d’erreurs. En effet, il suffit de posséder une très grande maîtrise de soi pour passer outre le détecteur de mensonge. À l’inverse, une personne très émotive et sensible, facilement impressionnable par cet attirail, peut être accusée de mentir à tort. 

 

La technologie au service de la vérité ?

“ Je ne crois que ce que je vois ”
Saint Thomas

Outre le détecteur de mensonge, qui, comme nous l’avons déjà souligné, n’a pas de valeur juridique en France, d’autres techniques pour parvenir à “lire” les pensées d’un témoin ou suspect existent. 

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L'écriture délivre aussi ses secrets... (crédit photo Cécile Debise)

Citons parmi ces dernières la graphologie, technique permettant de définir les traits de caractère d’un individu, et dans quelques cas même de confondre un suspect par son écriture. Existant depuis la Renaissance, la graphologie a acquis ses lettres de noblesse au XIXème siècle, et possède une valeur de preuve pour la justice française. 

Mais en réalité, ce sont les avancées en sciences criminelles qui ont le plus de répercussions sur les techniques policières. La balistique, l’ADN, ou encore les preuves téléphoniques, sont désormais bien plus prisés par les tribunaux que les aveux résultant d’un interrogatoire. 

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Le verdict ou le point final des enquêtes

Si l’on rajoute à cela le fait que désormais, en France, les mineurs et les personnes suspectées de crime sont filmés au cours de leur interrogatoire, on peut aisément comprendre que la preuve visible est celle qui supplante l’aveu oral. 

Culture de la preuve contre culture de l’aveu. Ce sont deux techniques policières s’affrontant pour un seul et même but : la vérité. 

 

Ressources

Bibliographie :

  • Manuel de Technique Policière, de Edmond Locard
    éd. Payot, 1948
     
  • L’interrogatoire, de Vladimir Volkoff
    éd. De Fallois, 1988
     
  • Interrogatoire, de Thomas H. Cook
    éd. Le Livre de Poche, 2006
     
  • Interrogatoires, de Dashiell Hammett
    éd. Allia, 2009
     

Filmographie :

  • Polisse (2011) de Maïwenn, avec Karin Viard, Marina Foïs
     
  • No Limit (2010), de Gregor Jordan , avec Samuel L. Jackson
     

Série TV :

  • The Mentalist, créée par Bruno Heller, 2008
     
  • Lie to Me, créée par Sam Baum, 2009