L’indentification des Criminels

En arrivant sur une scène de crime, les enquêteurs ont un seul objectif : relever un maximum d'éléments afin d'identifier le criminel.

Pour atteindre cet objectif, de nombreuses techniques ont été développées, des plus simples aux plus sophistiquées. Les relevés d'empreintes digitales et génétiques, les témoignages, les portraits robots et l'analyse de la scène de crime sont les armes des autorités. Des Brigades du Tigre aux Experts, une histoire de l'identification judiciaire... 

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Les empruntes digitales, un moyen de confondre les coupables

 

L'anthropométrie judiciaire, le système Bertillon

En France, le développement de l'identification judiciaire est accéléré par la loi du 31 août 1832 interdisant de marquer au fer rouge les criminels. La police se tourne alors vers différentes techniques afin d'identifier et de ficher les criminels. Les photographies  remplacent peu à peu les physionotraces, dessins de profil, et viennent compléter les fiches de signalement utilisées jusqu'alors. De même, le casier judiciaire, mis en place en 1848 par Arnould Bonneville de Marsangy, permet un premier fichage des criminels et des délinquants.  

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Physionotrace de Louis-Bernard Guyton de Morveau

Il faudra cependant attendre la fin du XIX siècle et l'invention du système Bertillon pour que les autorités se dotent d'un véritable outil scientifique d'identification judiciaire. En effet, les travaux d'Alphonse Bertillon sur l'anthropométrie, la mesure du corps humain, ont permis de mettre en place un système d'identification révolutionnaire dès 1882. 

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Adolphe Bertillon vers 1890 par Nadar Collections du laboratoire de police scientifique

Basé sur la mesure de 14 éléments du corps humain, le système Bertillon permet de reconnaître un individu à travers ses données biométriques avec un taux d'erreur de 1 / 256 millions. Chaque personne arrêtée par la police est alors mesurée et fichée. Les autorités disposent ainsi d'éléments objectifs pour identifier et reconnaître les criminels.

 

Un système perfectible

Si le taux de récidive chute, cette technique montre rapidement ses limites. En effet les jeunes individus dont la croissance n'est pas terminée échappent à la logique du système Bertillon. Ainsi, une description écrite du visage et des particularités physiques (cicatrice, tatouage...) viennent compléter la fiche d'identité judiciaire. 

La force de l'anthropométrie judiciaire repose sur la capacité à comparer ces données empiriques à celles d'un fichier, permettant ainsi de mettre un nom sur ces mensurations. Si certains détracteurs y ont vu une atteinte aux libertés individuelles, le fichage systématique des personnes arrêtées par la police a un impact significatif sur le taux d'élucidations des crimes et impose l'anthropométrie dans le paysage judiciaire. 

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Signalement anthropométrique d'Alphonse Bertillon​​​​​​​

Adopté en 1883 par la police française, le système Bertillon connaît un succès mondial et se voit adopté par la police anglaise dès 1884 et déployé aux Etats-Unis en 1888. En France, malgré le développement de nouvelles méthodes d'identification la mesure biométrique sera utilisée jusqu'en 1970.

Le développement des travaux sur les empreintes digitales viendra balayer l'intérêt des mesures anthropométriques du système Bertillon dès 1902. Il a cependant permis de systématiser et de rationaliser le fichage des personnes arrêtées.

 

La révolution digitale

Les premiers travaux sur l'utilisation des empreintes digitales provoquent une véritable révolution dans l'identification judiciaire. Après 10 ans de recherche, le médecin anglais Henry Faulds affirme en 1892 l'unicité et la permanence des empreintes digitales dans son livre fondateur Fingerprint. En effet, les crêtes papillaires se forment au cours du 4eme mois de gestation et ne changent plus même après la mort. De plus, en cas de blessure, les empreintes reprennent leur forme initiale. Elles sont donc un critère d’identification idéal. 

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Henry Faulds

Cette découverte ne met pas longtemps à s'imposer aux forces de police et, dès 1897, Scotland Yard généralise les relevés d'empreintes sur les scènes de crimes et sur les criminels eux-mêmes afin de compléter les fiches d'identité judiciaire.

En France, du fait de l'opposition catégorique d'Alphonse Bertillon à l'utilisation des empreintes digitales, il faudra attendre 1902 pour voir apparaître cette méthode dans les investigations policières et dans les fichiers de police. Aujourd'hui encore, le relevé des empreintes digitales est indispensable sur toutes les scènes de crime et constitue une preuve irréfutable pour confondre un suspect.  

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Couverture de Guide to fingerprint identification de Henry Fauld

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Un second essor

La révolution digitale va connaître un second souffle en 1987 après l'arrestation du tueur en série français Thierry Paulin. L'enquête criminelle a révélé que les empreintes digitales du meurtrier étaient en possession des autorités depuis plusieurs années dans le fichier de police de la ville de Toulouse, alors que les services parisiens en charge de l'enquête n'avaient pas eu accès à ces informations. Pour répondre à ce problème de traitement des informations des fichiers d'identification judiciaire, le décret du 8 avril 1987 met en place le Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED). Regroupant l'ensemble des empreintes relevées par les services de police français, le FAED permet de comparer   une empreinte grâce à un logiciel informatique et ainsi de déterminer l'identité d'un individu déjà fiché.

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Relevé d’empreintes digitales

L'empreinte digitale est donc un outil indispensable à l'enquêteur pour prouver la présence d'un individu sur une scène de crime et déterminer son identité. En 1998, un nouveau fichier vient compléter le dispositif,  le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques.

 

L'ADN aux services de la justice

L'utilisation des empreintes génétiques dans l'identification judiciaire s'est développée grâce aux travaux du généticien anglais Alec John Jeffreys. En 1985, ce scientifique développe une technique qui analyse les variations du code génétique de deux échantillons d'ADN. Chaque individu est composé d'un code génétique unique, ainsi en comparant des échantillons d'ADN il est possible de déterminer l'identité d'un individu.

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Alec John Jeffreys  

Le principe d'identification par empreintes génétiques repose également sur la constitution d'un fichier permettant de rechercher une correspondance entre deux échantillons. Si l'Angleterre adopte un fichier ADN des personnes arrêtées ou suspectées d'infraction depuis 1985, la France attendra 1998 et l'affaire Guy George pour créer le Fichier national automatisé des empreintes génétiques. A l'origine, ce fichier a pour but de lutter contre les infractions sexuelles et ne contient que les empreintes génétiques des criminels sexuels condamnés. Avec la loi Perben II de 2003, le recours aux fichages génétiques est étendu à tous les crimes et délits.

L'analyse des empreintes génétiques et son utilisation dans l'identification judiciaire soulève de nombreux débats. Certains appellent au refus du fichage génétique au nom des libertés fondamentales, d'autres critiquent la valeur scientifique de ces tests ADN en dénonçant des erreurs de manipulation lors des analyses. 

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Echantillons ADN

Depuis les relevés biométriques d'Alphonse Bertillon et quelque soit la technique d'identification employée, les autorités policières font face aux mêmes arguments. Pourtant, ces techniques n'ont aucune valeur pour elles-mêmes. Elles ne sont que des outils qui confortent ou infirment un travail de terrain indispensable.

 

L'enquêteur au cœur de l'identification des criminels

Le travail de l’enquêteur commence toujours par l'observation des faits et l'analyse de la scène de crime. Ce sont d'ailleurs des équipes spécialisées qui déploient les différents relevés d'empreintes. Le rôle de l'enquêteur est d'établir une liste de suspects en croisant les témoignages et en reconstruisant les faits. C'est seulement en confrontant les empreintes digitales et génétiques retrouvées sur la scène de crime avec celles des suspects que l'identification du criminel peut aboutir. Il est facile pour un criminel de porter des gants ou de polluer un crime avec différents  ADN. La réponse technologique ne suffit donc pas et l'identification des criminels reste une affaire d'humains. Du moins, pour l'instant... 

 

Sources

Bibliographie sélective

  • Vie d'Alphonse Bertillon, inventeur de l'anthropométrie, Suzanne Bertillon, Ed. Gallimard, 1941
     
  • La police technique et scientifique, Charles Diaz, Ed. Presses Universitaires de France – PUF, 2005
     
  • De l'empreinte digitale aux empreintes génétiques, Bertrand Ludes  in  Empreintes, Tulle, Editions Mille Sources, 2004
     

Crédits Photos

  • IMG1 : Les empruntes digitales, un moyen de confondre les coupables, libre de droits
     
  • IMG2 : Physionotrace de Louis-Bernard Guyton de Morveau, libre de droits
     
  • IMG3 : Adolphe Bertillon vers 1890 par Nadar Collections du laboratoire de police scientifique © Préfecture de Police de Paris, tous droits réservés
     
  • IMG4 : Signalement anthropométrique d'Alphonse Bertillon, libre de droit
     
  • IMG5 : Henry Faulds, libre de droit
     
  • IMG6 : Couverture de Guide to fingerprint identification de Henry Faulds , 2010  © Ed. Gale, Making of Modern Law
     
  • IMG7 : Relevé d’empreintes digitales, libre de droit
     
  • IMG8 : Alec John Jeffreys  © 2011 ABRF | www.abrf.org Conference Management Office - Courtesy Associates | 2025 M Street, NW, Washington, DC 20036
     
  • IMG9 : Echantillons ADN, www.lexpress.fr © Michaela Rehle /REUTERS