L’indentification des Vicimes

Les fans de la série Bones et de son héroïne le Dr Temperance Brennan le savent : identifier les victimes d’un meurtre n’est pas toujours quelque chose de facile et c’est pourtant bien utile !

Pour cela, plusieurs corps de métiers et différentes méthodes se recoupent et se complètent. Entomologie et anthropologie judiciaire, médecine légale et enquête de police sont là pour mettre des noms sur des cadavres parfois très abimés.

 

L’altération d’un cadavre

Il arrive parfois que l’on découvre des cadavres très abimés, parfois juste des squelettes ou même seulement des morceaux de corps. Il est alors en charge aux autorités d’attribuer une identité à ces restes humains.

Il y a de nombreux facteurs qui peuvent rendre méconnaissable un corps. Le temps, d’abord, car le corps humain est biodégradable et pourrit une fois mort. On compte une moyenne de 5 mois pour qu’un cadavre en putréfaction devienne méconnaissable.

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Squelette humain

Mais le processus peut-être accéléré par différents facteurs. S’il le corps est immergé, cela peut ne prendre que quelques jours. L’acidité d’une terre dans lequel il serait enterré peut également accélérer la décomposition. Surtout, il ne faut pas oublier le travail des insectes ! En effet, friands de viande morte, les vers, papillons, fourmis ou autres peuvent grignoter les chairs en quelques jours et compliquer la tâche des enquêteurs.

Aussi, des facteurs plus proprement humains peuvent entrer en compte. Pour compliquer l’identification d’une victime, un meurtrier peut user de nombreux subterfuges ! Arracher les dents, couper les doigts, ou même la tête, user stratégiquement d’acides divers, brûler le corps ou l’abimer à coup de pierres, de batte de baseball, de barre de fer ou autres.

 

Les premiers éléments d’enquêtes

Quand un corps est trouvé, le premier travail des enquêteurs est de l’identifier. Cela peut-être facile, si le cadavre n’est pas abimé. Et cela peut-être bien plus compliqué si le cadavre l’est. Mais dans tous les cas, plusieurs éléments sont vérifiés avant d’attribuer formellement une identité à un corps.

La première évidence pour un enquêteur est de regarder si le cadavre a sur lui ses papiers d’identités. Une alliance ou un bijoux gravé, peuvent également donner des pistes. Mais, ces éléments ne se suffisent jamais à eux-mêmes. Ils se doivent d’être complétés, le corps retrouvé peut avoir sur lui, pour diverses raisons, des papiers ou des bijoux ne lui appartenant pas.

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Empreinte digitale

Un relevé d’empreintes digitales est fait quand cela est possible. Ces empreintes sont alors comparées à celles figurant dans le Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED). Cette méthode n’est pas toujours fructueuse, car ne figurent au FAED que des personnes ayant été suspectées de délit ou ayant été entendues comme témoin dans des affaires criminelles. Quand il s’agit de confirmer une identité suspectée, un juge peut autoriser à ce que les empreintes du cadavre soient comparées à celles d’un fichier plus général. Mais cela reste très rare car le fichier en question est extrêmement confidentiel. Pourtant, l’identification par empreintes digitales est extrêmement fiable quand elle peut être réalisée.

Egalement, les empreintes génétiques sont de plus en plus utilisées. En recueillant un peu d’ADN sur un cadavre, on peut comparer le résultat au Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques(FNAEG) et ainsi trouver une identité. Mais comme pour le FAED, les personnes figurants au FNAEG sont ou de personnes ayant été suspectées de délit ou ayant été entendues comme témoin dans des affaires criminelles. Lorsqu’une identité potentielle est à confirmer, la comparaison avec l’ADN d’un membre de la famille de la présumée victime peut-être effectuée. Cette méthode, quand elle peut avoir lieu, est l’une des plus incontestables dans l’identification d’une victime. Elle est d’autant plus pratique qu’elle peut être utilisée même si le cadavre est en phase avancée de décomposition ou n’a été découvert que partiellement. 

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Empreinte génétique

Enfin, l’identification par un proche, quand cela est possible, peut également dissiper les derniers doutes autour de l’identité d’un cadavre.

 

Des méthodes plus poussées

Après l’enquête préliminaire, si l’identité d’une victime n’a pu être formellement établie, le corps passe entre les mains d’autres spécialistes. 

D’abord, dans celles d’un médecin légiste. Dans un premier temps, le légiste va s’occuper de réaliser un relevé des empreintes dentaires. La dentition d’une personne lui est strictement unique, et trouver chez un dentiste l’empreinte dentaire correspondante à celle d’un corps permet de poser formellement une identité dessus. Mais il n’existe pas de fichier national des empreintes dentaires. Il faut donc aux enquêteurs une identité potentielle afin d’obtenir un mandat pour consultation du présumé dossier médical.

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Empreinte dentaire

De même, le légiste va procéder à un relevé de certaines caractéristiques physiques et médicales. Il va par exemple noter des traces de fractures, d’interventions chirurgicales, ou d’anomalies physiques. Il va également classer ces observations en fonction de leurs dates : ante mortem (avant la mort), péri mortem(aux alentours du moment de la mort) ou post mortem (après la mort). Ces éléments seront bien utiles à la comparaison du corps avec les dossiers médicaux d’identités potentielles.

Ensuite le légiste va tenter de déterminer la date du décès. Pour cela, l’état de décomposition et le contenu de l’estomac sont analysés. Quand le légiste ne dispose pas d’informations suffisantes, un entomologiste judiciaire peut-être consulté, pour analyser l’éventuelle faune trouvée dans, sur et aux alentours du corps. Selon les types de parasites, l’analyse de leurs excréments et de leurs estomacs, l’entomologiste peut donner un ordre d’idée de la date de la mort. En effet, selon l’état de décomposition, ce ne sont pas les même insectes qui s’attaquent au corps, certains préférant la viande plus ou moins fraiche. 

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Morgue

La connaissance de la date du décès peut se révéler très utile. En effet, en regroupant divers éléments, comme les vêtements éventuellement trouvée sur la victime, les premières caractéristiques physiques notées par les enquêteurs et celles plus précises données par le légistes, les autorités vont pourvoir comparer le cadavre à identifier au fichier des personnes disparues. Ce fichier est élaboré à partir des signalements fournis par des personnes s’inquiétant de l’absence inexpliquée d’un de leur proche. Il est complété de tous les éléments dont la police pourrait avoir besoin pour arriver à retrouver cette personne.

 

L’anthropologie judiciaire

Il arrive que les méthodes précédemment citées ne permettent pas l’aboutissement d’une identification. La cause en est l’extrême dégradation du corps ou le fait qu’il n’ait été découvert que des ossements. On fait alors appel à un anthropologue judicaire.

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Squelette humain

En effet, l’anthropologue, lui, va étudier plus précisément le squelette du cadavre à identifier. Il va ainsi, à partir des ossements, déterminer, quand cela est impossible à première vue, s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. En effet, si les squelettes  masculins et féminins sont quasi semblables, il existe certaines différences. Généralement, les os d’un squelette féminin sont plus fins que ceux d’un squelette masculin. De même, chez le squelette d’une femme, le bassin est plus bas et plus large. 

De la même façon, anthropologiquement, on note différents types de cranes humains, qui peuvent indiquer l’origine d’un corps : caucasoïde, australoïde, négroïde et mongoloïde. Aujourd’hui, avec le melting pot que connaît l’humanité, ces différences crâniennes tendent à s’effacer. Pourtant, cela reste un critère dont les enquêteurs peuvent tirer profit pour affiner leur recherche.

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Crane humain

L’étude plus approfondie du squelette peut mettre en exergue d’autres caractéristiques L’usure ou la formation des os peuvent indiquer approximativement l’âge du corps. Une usure exagérée d’un os peut indiquer une pratique régulière accomplie par la personne de son vivant. L’étude plus poussée de fractures ante mortem peuvent, selon leur taille, leur reconsolidation ou leur angle, donner des informations sur ce qui les a provoqué, et ainsi mettre en avant certaines activités de la victime.

Evidement, pris seuls, ces éléments ne permettent pas l’identification d’une victime. Mais ils apportent d’importants éléments aux enquêteurs qui, une fois recoupés à d’autres, peuvent les aider à découvrir formellement l’identité d’un corps.

S’il est parfois difficile d’identifier une victime, les autorités disposent aujourd’hui de nombreux moyens qui peuvent les y aider. Identifier un corps est important car cela aide à résoudre des affaires de meurtres ou de disparitions. De même, dans les cas de catastrophes naturelles, cela aide à redonner une personnalité aux nombreuses victimes. Dans tout les cas, l’identification des victimes permet de soulager des familles qui peuvent enfin essayer de faire le deuil de leurs disparus.

 

Sources

Ressources sélectives

Bibliographie sélective :

  • Guide sur l’identification des victimes, Interpol, 2009
     
  • Les os du diable, de Kathy Reichs, Ed. Robert Laffont, 2009
     
  • Secrets d'outre-tombe, de Kathy Reichs, Ed. Robert Laffont, 2003
     
  • Les os troubles, de Kathy Reichs, Ed. Robert Laffont, 2004
     
  • Principe de médecine légale, de Jean-Pierre Campana, Ed. Arnette, 2003
     
  • La parole est au cadavre, de Perrine Rogiez-Thubert, Ed. Demos, 2008
     

Filmographie sélective :

  • Bones, série créée par Hart Hanson en 2005

Crédits Photos

  • IMG1 : Squelette humain, libre de droit
     
  • IMG2 : Empreinte digitale, libre de droit
     
  • IMG3 : Empreinte génétique, © Université de Rouen, 2004
     
  • IMG4 : Empreinte dentaire, © Dr Foucart
     
  • IMG5 : Morgue, libre de droit
     
  • IMG6 : Squelette humain, libre de droit
     
  • IMG7 : Crane humain, libre de droit