Michel Fourniret

Le 28 mai 2008, Michel Fourniret, 66 ans, surnommé «l’ogre des Ardennes», a été reconnu coupable de sept meurtres de femmes et de jeunes filles, commis entre 1987 et 2001 avec la complicité active de sa femme, Monique Olivier. Ils ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Portrait d’un homme diaboliquement intelligent qui a su utiliser sa femme pour mener à bien ses terribles plans.

Michel Fourniret est né le 4 avril 1942 à Sedan. Il y passe toute son enfance avec sa mère, son père, sa grande sœur Huguette et son grand frère André. Il aurait été victime d’abus sexuels par sa mère lorsqu’il avait 4 à 6 ans. On rapporte que «sa mère se serva[it] de lui comme d’un objet sexuel».

Son père lui, est un ouvrier métallurgiste. On le décrit comme alcoolique et absent. Il aura pourtant la garde de ses trois enfants lorsqu’il divorcera de la mère de Michel Fourniret. Garde qu’on lui a donné pour défaillance de la santé mentale de son ex-épouse.

C’est dans ce contexte que Michel Fourniret grandit. Il est déjà obnubilé par l’image de la Vierge Marie et se souvient de sa sœur déféquant dans un seau: «Pour moi, une femme, ça ne défèque pas. C’est dégradant, ce n’est pas à la hauteur de l’image de la Sainte Vierge».

Il est un homme intelligent et cultivé. Il se marie en 1964 et devient père. C’est en 1967 qu’il est condamné pour la première fois pour agression sur mineures. Cette condamnation, qui n’est que du sursis, n’empêche pas sa femme de divorcer.

Il se remarie 3 ans plus tard, en 1970 et aura trois autres enfants. Durant cette période, il est condamné pour des faits de voyeurisme et de violence à Nantes et à Verdun.

Le 25 mars 1984, il est incarcéré à Fleury-Mérogis pour des agressions et des viols sur mineures en région parisienne. Sa condamnation tombe trois mois après, le 26 juin 1987 : cinq ans d’emprisonnement ferme assortis de trois ans de mise à l’épreuve.

Lors de son incarcération, sa deuxième épouse a demandé le divorce.
 

La rencontre avec Monique Olivier

Avec le jeu des remises de peine et la préventive, Michel Fourniret sort de prison en octobre 1987 avec sa nouvelle compagne, Monique Olivier qu’il a rencontrée lors de son incarcération par le biais des petites annonces du Pèlerin. Ils s’installent donc ensemble à Saint-Cyr-les-Colons dans l’Yonne, près d’Auxerre. Fourniret épouse cette femme divorcée et mère de 2 enfants en 1988. Ensemble, ils ont un fils, Sélim.

Le couple va commettre son premier meurtre en décembre 1987, soit trois mois après leur sortie de Fleury-Mérogis. La victime s’appelle Isabelle Laville, et Michel Fourniret, en compagnie de Monique Olivier, la viole et la tue. Le corps de la jeune de fille n’a été retrouvé qu’en juillet 2006, dans un puits que Fourniret a indiqué à la gendarmerie. Du fait de la proximité de la ville d’Auxerre et de l’époque, on a pendant un temps cru que c’était Emile Louis qui l’avait assassinée.

Un an après, ils déménagent et s’installent à Floing, près de Sedan.

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Michel Fourniret

1988. Le «forestier des Ardennes» a déjà un meurtre à son actif quand il est contacté par Farida Hamiche, l’amie de Jean-Pierre Hellegouarch, un ancien compagnon de cellule de Fourniret. Hamiche et Fourniret doivent travailler ensemble pour retrouver une partie du magot du «gang des postiches». Hellegouarch savait où se trouvait le butin. Il l’a indiqué à Michel Fourniret.

Le trésor est caché dans un cimetière des Yvelines. Une fois récupéré, Michel Fourniret trouve un prétexte pour attirer Farida Hamiche dans une carrière de Clairefontaine et la tue. Lorsque la police belge l’interrogera sur ce meurtre, il  répondra «il n’y a eu aucun aspect sexuel, il s’agissait seulement d’un transfert de propriété».

En 1990, il achète le château de Sautou dans les Ardennes avec la revente des lingots. Mais Hellegouarch sort de prison et demande son butin et des nouvelles de Farida. Fourniret, qui avait senti le coup venir, s’est installé dans un appart minable près de Sedan et nie avoir eu des contacts avec elle. Son jeu convainc Hellegouarch, qui pense que son amie est partie avec l’argent.

Seulement, c’était sans compter sur une affaire de faux papiers dans laquelle la police a mis le nez. Et en perquisitionnant au Château de Sautou, ils mettent la puce à l’oreille d’Hellegouarch, qui recherche activement Fourniret, qui, bien sûr, a disparu.
 

Le procès de l'Ogre des Ardennes

On apprend que Fourniret se voit comme «un être mauvais et dénué de tout sentiment humain». Il est obsédé par la Vierge Marie et la virginité. Il aurait dit aux enquêteurs qu’il aurait rêvé d’épouser une femme vierge. A ses yeux, ses victimes représentaient cet idéal, il les appelait MSP («membranes sur pattes») et partait souvent «à la chasse».

Son procès s’ouvre le 27 mars 2008 à Charleville-Mézières. Il est arrivé froid, en refusant de s’exprimer et en brandissant un écriteau «sans huis-clos, bouche cousue». Puis il a donné un exposé au Président de la Cour, Gilles Latapie. Les audiences ont duré deux mois et le verdict est tombé le 28 mai 2008: réclusion criminelle à perpétuité incompressible pour Michel Fourniret et réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de 28 ans pour Monique Olivier.

Ils n’ont pas fait appel et sont incarcérés à Châlons-en-Champagne pour lui, Valenciennes pour elle.

Ce couple machiavélique n’a pas fini de passer devant la justice puisqu’ils sont encore en examen pour les meurtres de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domèce.
 

Les victimes de Fourniret et d’Olivier

Depuis le meurtre d’Isabelle Laville en décembre 1987, Michel Fourniret, accompagné de sa femme Monique Olivier, ont traqué d’autres jeunes filles et d’autres tueurs en série. Car Fourniret est intelligent. Il viole mais ne tue pas ses victimes de la même façon, ni au même endroit. Il lui arrive même de voyager pour assassiner près des lieux d’autres tueurs en série comme Marc Dutroux ou Emile Louis. C’est ainsi qu’Elisabeth Brichet, petite fille de12 ans disparaît le 20 décembre 1989. Fourniret la viole et ne la tue que 36 heures plus tard. Jusqu’à son arrestation en 2003, la police avait imputé cette disparition à Marc Dutroux.

Le «tueur des Ardennes»  a aussi avoué les meurtres de Fabienne Leroy, jeune femme de 20 ans, retrouvée près de Châlons-en-Champagne violée et tuée par balle et Jeanne-Marie Desramault, étudiante de 22 ans, disparue à Charleville-Mézières le 18 mars 1989.

Le 24 novembre 1990, Michel Fourniret et Monique Olivier sont à Nantes pour une comparution au tribunal. En sortant, il croise une fillette de 13 ans, Natacha Danais. Il l’enlève, la tue à coups de couteau et abandonne le corps à 70 km de Nantes. Lorsque le corps est retrouvé, les soupçons pèsent sur le voisin de l’adolescente, Jean Groix. Il est incarcéré et se suicide quelques semaines après.

Le duo diabolique que forment Fourniret et Olivier n’aurait pas tué pendant près de dix ans, jusqu’à ce que la jeune Céline Saison ne croise leur chemin, en juin 2000.

Le 5 mai 2001, ils s’acharnent sur Manyana Thumpong, une jeune fille de13 ans enlevée à Sedan. On retrouve ses ossements en Belgique.

Le 26 juin 2003 à Ciney en Belgique, Michel Fourniret tente d’enlever Marie-Ascension, une jeune fille de 13 ans. Il utilise la même ruse que pour ses autres victimes et lui demande de l’aide pour trouver son chemin. La fillette, craintive, refuse d’abord de monter à bord de la fourgonnette avant d’accepter sous l’insistance de Fourniret. Ligotée et jetée au fond du véhicule, elle arrive à s’échapper à un stop. Elle est alors recueillie par une automobiliste qui note la plaque d’immatriculation.
 

Michel Fourniret est arrêté.

Au début, Fourniret n’a pas avoué tous les meurtres qu’il avait commis, et notamment ceux de Céline Saison et Manyana Thumpong. Il s’est arrêté à ceux qui avaient eu lieu depuis plus de dix ans, temps normalement nécessaire à une prescription en matière criminelle.

Il les avouera le 1er juillet 2004, tout comme il avouera le meurtre d’un représentant de commerce dans les années 80 pour lui voler son portefeuille.

Monique Olivier est également arrêtée pour complicité de crimes.

Pendant un temps, la police française a pensé que Fourniret aurait pu avoir un lien avec la disparition de la jeune Estelle Mouzin, le 9 janvier 2003 à Guermantes en Seine-et-Marne.

Mais pour l’instant aucun élément déterminant n’a pu l’accuser, même si en juin 2007, il écrit une lettre disant qu’il doit des explications aux familles d’Estelle Mouzin, Joanna Parrish (jeune femme anglaise de 20 ans retrouvée violée et étranglée en mai 1990 près d’Auxerre) et Marie-Angèle Domèce ( jeune fille handicapée mentale de19 ans disparue en juillet 1988).
 

Michel Fourniret en quelques dates

  • 4 avril 1942 : naissance de Michel Fourniret à Sedan
  • 1964 : mariage de Michel Fourniret
  • 1967 : 1ere condamnation avec sursis pour agression sur mineures
  • 1970 : 2e mariage de Michel Fourniret
  • 25 mars 1984 :incarcération à Fleury-Mérogis pour agressions et viols sur mineures
  • 26 juin 1987 : condamnation à 5 ans ferme
  • octobre 1987 : sortie de prison
  • décembre 1987 : viol et meurtre d’Isabelle Laville
  • 1988 : récupération du trésor du «  gang des postiches » et assassinat de Farida Hamiche
  • décembre 1988 : déménagement à Floing
  • 18 mars 1989 :disparition de Jeanne-Marie Desramault
  • 20 décembre 1989 : disparition d’Elisabeth Brichet
  • 1990 :achat du château de Sautou
  • 24 novembre 1990 :disparition de Natacha Danais
  • fin 1990 : découverte du corps de Natacha Danais
  • 2000 : disparition de Céline Saison
  • 5 mai 2001 : disparition de Manyana Thumpong
  • 26 juin 2003 : tentative ratée d’enlèvement de Marie-Ascension et arrestation de Fourniret
  • 1er juillet 2004 : aveux des meurtres de Céline Saison et Manyana Thumpong
  • juillet 2006 : découverte du corps d’Isabelle Laville sur les indications de Fourniret
  • 27 mars 2008 : ouverture du procès de Michel Fourniret et Monique Olivier
  • 28 mai 2008 : condamnation criminelle à perpétuité réelle pour Michel Fourniret, condamnation à perpétuité avec une période de sûreté de 28 ans pour Monique Olivier

 

Bibliographie

Inavouable vérité,
de Dahina Le Guennan et Jean-François Abgrall,
éditions Albin Michel,
sept 2006.

Michel Fourniret, Monique Olivier, un couple diabolique
d’Alain Hamon et Fabienne Ausserre,
Anne Carrière éditions,
avril 2007

«Les cent mille vierges de Fourniret»
de Marc-Edouard Nabe,
in J’enfonce le clou,
2004
 


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