Pablo Escobar

Roi de la cocaïne en Colombie, plusieurs fois milliardaire, Pablo Escobar était connu pour sa violence, sa cruauté et ses sautes d’humeur. Il fut l’un des principaux membres du cartel de Medellin et pendant 10 ans, il a mis la Colombie à feu et à sang. Après des années de traque, il est mort seul, abattu sur le toit d’une maison de sa ville natale, Medellin, par les policiers colombiens.

La carrière de Pablo Escobar  commence dans les années 60 dans sa ville natale de Medellin. Issu d’une famille de classe moyenne, il trafique de la marijuana et vit de racket. Au milieu des années 70, la cocaïne devient la drogue à la mode aux Etats-Unis. Le marché se développe. Escobar se met à la trafiquer. Mais rapidement, il s’avère plus violent et plus impitoyable que les autres petits dealers de drogue. C’est ainsi qu’il s’approprie les routes de la drogue, très lucratives, sortant de Colombie.

En 1975, il s’engage à vendre 14kg de cocaïne au baron de la drogue de Medellin, Fabio Restrepo. Ce dernier ne voit en Escobar qu’un vulgaire dealer. Il le sous-estime. 3 semaines plus tard, Restrepo est retrouvé mort. Escobar devient alors le patron de la drogue à Medellin

Escobar introduit un niveau de violence sans précédent dans le commerce de la drogue. Il prospère en achetant des juges ou des hommes des forces de l’ordre. S’ils refusent, ils sont tués.

L’appétit grandissant des Etats-Unis pour la poudre blanche fait la fortune de Pablo Escobar. Il devient le roi de la cocaïne. Chef du cartel de Medellin, il est connu pour être le plus impitoyable, le plus violent. Il commence à gagner énormément d’argent grâce au marché américain. Il se fait construire un domaine extravagant, il a un zoo, des avions, des hélicoptères. Il est invincible, il est célèbre.

 

L'escalade de la violence

Pour survivre dans le milieu de la drogue, il faut montrer son pouvoir à ses rivaux potentiels. Escobar n’hésite pas à exhiber sa cruauté durant des réceptions chez lui, afin d’empêcher ses amis de le défier ou de le trahir. L’homme est un criminel endurci.

Pendant que le cartel de Medellin prospère, les guérillas marxistes se développent dans les montagnes du pays. Devenu l’homme le plus riche de Colombie, Pablo Escobar devient une cible pour les FARC et autres extrémistes. Le cartel développe alors des milices paramilitaires pour se protéger des guérilleros. Les paramilitaires deviennent  peu à peu la branche armée du cartel de Medellin.Cette véritable armée privée rend Pablo Escobar encore plus puissant.

Homme ambitieux, être le plus riche ne suffit pas à Pablo Escobar. Il veut être aimé des Colombiens et  obtenir un pouvoir politique légitime. Dans ce but, il dépense des millions de dollars dans des projets en faveur de pauvres: il finance des logements sociaux privés, des stades de football. Il veut aussi être élu. L’objectif est simple: éviter l’extradition vers les Etats-Unis.

En Colombie, il peut manipuler le système judiciaire en tuant des juges ou en utilisant des moyens de coercition. Aux Etats-Unis, non, il n’a pas d’hommes, pas de réseau. Il préfère mourir plutôt qu’être extradé.

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Escobar Président

En 1982, il est élu député suppléant au Congrès mais le Ministre de la justice, Rodrigo Lara, l’accuse d’être un criminel notoire. Son passé est alors étalé dans la presse. Banni de la scène politique, il est humilié, et une grande partie de ses biens est confisquée. Escobar se déclare alors en guerre contre le gouvernement de Colombie. Le 30 avril 1984, le ministre de la justice est tué par un homme de main d’Escobar. La guerre est déclarée.

Au début des années 80, Escobar intensifie sa guerre contre le gouvernement colombien. Sa politique vis-à-vis des membres du gouvernement  se résume en 2 mots: argent ou plomb. Ou vous acceptez la corruption ou vous êtes tué. Escobar a des contacts à tous les niveaux du gouvernement. Il peut atteindre tout le monde en Colombie.

Parmi les rares qui osent s’opposer publiquement à Escobar en Colombie, se trouve le général Miguel Massa à la tête de l’équivalent colombien du FBI. Il devient évidemment une cible pour Escobar, qui tente plusieurs fois de l’assassiner. Malgré une escalade terrible de la violence, il échappe à 2 tentatives d’assassinat qui font plusieurs centaines de morts.

Escobar est aussi en guerre contre le système judiciaire colombien. Il cherche  à éliminer tous les dossiers compromettants contre les trafiquants de drogue au Ministère de la Justice. Sa solution: envahir le palais de justice et kidnapper tous les juges de la cour suprême. La plupart des juges de la cour suprême sont tués dans un bain de sang opposant les hommes d’Escobar et l’armée colombienne.

Enfin, durant la campagne présidentielle de 1989, l’extradition est au centre des débats. Le candidat Gallan, qui prône l’élimination des trafiquants de drogue, est assassiné sur ordre d’Escobar. Celui-ci est finalement responsable de la mort de 3 des 5 candidats à la présidentielle. Le remplaçant de Gallan est Cesar Gaviria. Echappant à un attentat contre un avion, il est élu. Mais au cours de l’attentat, deux citoyens américains sont morts. Les Etats-Unis s’en prennent alors plus directement à Escobar.

 

Un danger pour les Etats-Unis

Au début des années 80, quand la cocaïne arrive aux Etats-Unis sous forme de crack, il conquiert les classes sociales les plus pauvres. Le crack est bon marché, il touche tout le monde. Le taux de criminalité aux Etats-Unis augmente considérablement en grande partie en raison du crack. L’opinion publique change alors son regard sur la cocaïne. Elle est considérée comme un véritable fléau social.

En avril 1982, le Président Reagan déclare le trafic de drogue et de cocaïne en particulier comme une menace pour la sécurité nationale. Pablo Escobar devient alors une cible militaire pour les Etats-Unis.La politique anti-drogue est modifiée. Les Etats-Unis souhaitent s’en prendre non plus aux cargaisons mais aux barons de la drogue. Avec l’arrivée de Georges Bush à la présidence des Etats-Unis en1988, la coopération avec le gouvernement colombien commence avec l’objectif de neutraliser Escobar.

Grâce à un système d’écoute par avion, les autorités identifient les principaux interlocuteurs téléphoniques d’Escobar et ses principaux associés. En parallèle des écoutes, les Colombiens détachent une unité militaire spécifique, le «bloc de recherche» au service de la traque des trafiquants de drogue. C’est le colonel Hugo Martinez qui a la difficile charge de diriger cette unité. Il devient l’ennemi n°1 d’Escobar. Celui-ci déclare qu’il va tuer 70 membres de l’unité la première semaine d’activité. C’est la guerre, attaque avec des voitures piégées, assassinats… 25 hommes de l’unité meurent en 8 jours. Mais le gouvernement colombien ne baisse pas les bras.

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Pablo Escobar

Pablo Escobar commence à kidnapper des dignitaires colombiens. Ces kidnappings sont des démonstrations de force, Pablo Escobar veut montrer qu’il peut atteindre qui il veut. Traqué par le bloc de recherche, Escobar a besoin d’une base sécurisée pour ses activités et souhaite se servir des otages pour négocier avec le gouvernement colombien sa reddition.

Le 24 janvier 1991, Escobar donne l’ordre d’exécuter le premier otage. Quelques jours plus tard, un autre otage est tué lors une tentative de libération. Cerné de tous côtés, Escobar change de cachette le plus souvent possible. Il sait sa vie en danger.

Mais finalement le gouvernement colombien se résout à négocier avec Escobar. En échange de l’arrêt de la violence contre le gouvernement colombien, ce dernier est autorisé à construire sa propre prison au-dessus de Medellin. Il relâche alors les otages fin 1991 pour montrer sa bonne volonté.

En parallèle, un projet de nouvelle constitution est entamé au parlement colombien, dans le but de rendre l’extradition illégale. Le jour où la nouvelle constitution entre en vigueur, Escobar se rend.

 

Une prison trop dorée

Personne n’est dupe, Escobar vit comme un homme libre. En 1992, Escobar purge sa peine dans «La cathédrale». Plutôt qu’une prison, c’est plutôt un camp de vacances. Amis, prostituées, discothèque étaient son quotidien… Escobar a tout prévu: la police et l’unité du colonel Martinez ne peuvent s’approcher à moins de 20km de la prison. Rapidement, Escobar reprend le contrôle du cartel de Medellin depuis sa «prison» et continue à exporter encore plus de drogue, mais à l’abri des forces de l’ordre.

Quand 2 de ses chefs, qui détournaient de l’argent de la drogue, sont exécutés dans la prison, le Ministère de la justice intervient. Le gouvernement colombien ordonne alors de transférer Pablo Escobar dans une vraie prison. Mais Escobar est mis au courant avant que n’arrive l’armée. Les militaires refusent de prendre d’assaut la prison, sachant qu’Escobar et ses hommes les attendent. Escobar prend en otage le vice-ministre de la Justice dans la prison. Il menace de le tuer. Le Président colombien fait alors appel aux forces spéciales colombiennes, qui prennent d’assaut la prison tôt le lendemain matin. Mendoza, le vice ministre de la justice, réussit à s’enfuir. Plusieurs heures plus tard, les policiers se rendent compte qu’Escobar aussi s’est évadé avec 12 de ses meilleurs gardes. Comment? Il contrôlait les gardes.

Devant cet échec, les Etats-Unis sont sollicités pour coopérer avec les forces colombiennes. La décision est prise de reformer le bloc de recherche. Son objectif: supprimer Escobar par tous les moyens. Tout est déployé pour le retrouver. Plus aucune négociation n’est possible avec le gouvernement, malgré les tentatives d’Escobar.

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Pablo Escobar

Mais Escobar reste insaisissable malgré le déploiement de forces colombiennes et américaines. Le point crucial est la réactivité car Escobar bouge tout le temps. Après des recherches vaines, la police décide, en juillet 1992, de fouiller de fond en comble sa prison privée à la recherche de pistes possibles. La police colombienne se rend alors compte qu’Escobar est particulièrement attaché à sa femme et à ses enfants. C’est un psychopathe tueur, mais il voue un amour sans borne à sa femme et à ses 2 enfants. La famille d’Escobar est alors traquée, mise sur écoute.

En parallèle des actions gouvernementales, une mystérieuse organisation, Los Pepes, «Persécuté par Pablo Escobar», décide de s’en prendre à tous les proches d’Escobar. Tous ceux qui avaient un lien avec Escobar sont tués. «Los Pepes» sont aussi cruels qu’Escobar. Ils tuaient 5 à 6 personnes par nuit. Ils signaient leurs crimes «Los Pepes». Ces meurtriers demeurent encore aujourd’hui inconnus. Un ancien collaborateur d’Escobar, dirigeant les unités paramilitaires d’Escobar, avoue sa participation à Los Pepes. Sa motivation: Escobar a tué la plupart de ses amis. Ses anciens alliés se retournent contre lui.

La tactique s’avère très efficace: en quelques mois, tout le réseau d’Escobar s’effiloche, ses associés, les familles alliées, ses comptables, ses hommes de main disparaissent ou sont arrêtés. Le cartel de Cali, concurrent direct du cartel de Medellin, aurait soutenu Los Pepes. En tout cas, la carapace d’Escobar se fissure. 

 

Son talon d'Achille: sa famille

Escobar commence alors à craindre pour sa femme et ses enfants.  Escobar veut faire évacuer sa famille vers les Etats-Unis. A l’aéroport, la famille est interceptée et maintenue en Colombie. La réponse de Pablo Escobar est sanglante: il détruit tout un pâté de maison à Bogota et devient de plus en plus violent. En 2 mois, il pose 9 bombes dans la capitale colombienne et tue plusieurs centaines de personnes. Los Pepes répond en tuant son avocat principal.

En 1992, à Medellin 6.662 personnes ont été tuées dans des affrontements armés, auxquelles il faut ajouter 1.292 cadavres non identifiés et 967 habitants portés définitivement disparus, soit un total de 8.921 morts.

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Policiers ayant abattu Pablo Escobar

Commandant du bloc de recherche, le colonel Martinez relève le défi. Le fils de Pablo Escobar devient le porte-parole de son père. Il est en liaison via radio téléphone. La police essaie de repérer l’origine des appels d’Escobar. Fin 1993, Escobar essaie ensuite de mettre sa famille à l’abri en Allemagne. La famille n’est pas autorisée à rester en Allemagne, elle est renvoyée en Colombie. Pas un jour ne se passait sans qu’Escobar ne téléphone à sa famille. En décembre 1993, il essaie de protéger sa famille contre Los Pepes. Toutes ses conversations téléphoniques sont écoutées. Finalement, l’origine de l’appel est repéré dans un quartier de Medellin.

Le 2 décembre 1993, 2 coups de fil consécutifs permettent de localiser la maison où Escobar se cache. Depuis la rue, un policier du bloc de recherche aperçoit la silhouette d’Escobar derrière une fenêtre. Escobar n’essaie pas de fuir. Il est encerclé. Les policiers pénètrent dans la maison. Il quitte sa maison par les toits. C’est là qu’il est abattu par les policiers. Selon la version officielle, il avait un revolver dans chaque main. Il a été tué par une balle des policiers. Ainsi est mort l’homme le plus dangereux de Colombie. 

 

Pablo Escobar en quelques dates

  • 1er décembre1949 : Naissance à Medellin
  • 1975 : début du trafic de cocaïne
  • 1982 : élu au parlement colombien
  • 1984 : début des assassinats visant les juges, les policiers, les journalistes, les hommes politiques
  • 1989 : Escobar tue 3 des 5 candidats à l’élection présidentielle de Colombie
  • 1991 : Kidnappings
  • 1992 : L’organisation Los Pepes traque et tue les proches d’Escobar
  • 2 décembre 1993 : mort d’Escobar

Bibliographie et filmographie

Livres

  • Don Pablo et ses amis. Pablo Escobar et la cocaïne connection par Hernando Calvo Ospina - Éd. EPO 1994
  • Journal d'un enlèvement (Noticia de un secuestro) par Gabriel García Márquez, 1996
  • Les rois de la cocaïne : l'histoire secrète du cartel de Medellin par Guy Gugliotta et Jeff Leen - Ed. Presses de la Cité, coll. Documents 1989
  • "Il faut tuer Pablo Escobar" par Mark Bowden - Ed. PLON 2001

Films

  • Killing Pablo (2009), réalisé par Joe Carnahan, avec Javier Bardem et Paul Vásquez
  • Blow (2001), Réalisé par Ted Demme, avec Johnny Depp, Penélope Cruz,

Télévision

  • Archive INA sur l’arrestation de Pablo Escobar
  • Doc de Choc, émission documentaire sur M6, consacrée à Pablo Escobar