Pierre Goldman

Agitateur, révolutionnaire engagé, Pierre Goldman a milité dans les années 70 en faveur du communisme, mais surtout contre le fascisme encore présent. Résistance vénézuelienne, soutien à l'ETA, Goldman a épousé plusieurs causes mais sa vie de truand lui vaut une arrestation puis un condamnation à perpétuité pour un crime qu'il n'a pas commis.

L'opinion publique s'enflamme, le procès est révisé, l'homme acquitté de certains crimes. Finalement libéré, Pierre Goldman est assassiné en 1979 en pleine rue à Paris. Les coupables n'ont pas encore été identifiés et arrêtés.

 

Un personnage bien trempé

Pierre Goldman voit le jour à Lyon en 1944 dans une famille juive immigrées de Pologne. Ses parents sont des gens engagés, son père est le fondateur de l'UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide), un mouvement de lutte armée qui fait de la guérilla urbaine son moyen de résistance. Pierre naît dans ce contexte de guerre et d'antisémitisme. Ses parents se séparent peu de temps après la libération et sa mère doit rentrer avec lui en Pologne.

Son père Alter, vient l'enlever à sa mère et le fait adopter par sa nouvelle femme Ruth Ambrunn, une ancienne résistante juive allemande. Interne à 12 ans, Pierre étudie en région parisienne, mais sa personnalité d'agitateur le fait exclure de plusieurs établissements et il finit par demander l'émancipation à 16 ans. Il devient pion dans un lycée, quitte l'école mais obtient son baccalauréat en candidat libre du 1er coup. Confronté à l'intégrisme religieux d'extrême droite et au fascisme latent qu'il voit en Pologne lorsqu'il rend visite à sa mère naturelle l'été, il décide d'adhérer à l'Union des Jeunesses Communistes.

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Son objectif est de rejoindre les guérilleros d'Amérique du Sud. En 1966 il quitte la France à bord d'un paquebot, finit par atteindre la Floride mais se fait arrêter, passe quelques jours en prison où il apprend beaucoup de ses codétenus, puis est expédié en Norvège et finit par rejoindre la France. Il cherche à rencontrer des révolutionnaires d'Amérique Latine mais n'y parvient pas. Il s'engage dans l'armée mais déserte au moment de son incorporation et attérit à Cuba au moment de la mort du Che.

Il s'enrôle alors dans la résistance vénézuelienne mais retourne à Paris quelques mois en attente d'une mission. Il repart en 1968 et passe 14 mois sur le terrain. De retour à Paris où il est toujours recherché pour insoumission, Pierre renoue avec sa famille en 1969. Alors que son père le somme de se rendre aux autorités, Pierre se lance dans les attaques à main armée et multiplie les braquages. Il est arrêté en avril 70 et incarcéré.

 

Procès, condamnation et appel

Pierre Goldman purge d'abord les 9 mois de son insoumission puis reste en préventive le temps de son procès. Il est accusé du meurtre de 2 femmes assassinées lors du braquage d'une pharmacie le 19 décembre 1969, boulevard Richard-Lenoir. Il comparait également pour 3 autres braquages qu'il reconnaît avoir commis. Mais pas celui de la pharmacie. Il n'y était pas, il le clame sur tous les toits mais il a été dénoncé puis formellement identifié par des témoins.

Il avoue avoir été dans le quartier de l'attaque pour une toute autre affaire mais continue de nier en bloc les accusations de meurtre. Son procès déchaîne les passions et lorsqu'il est reconnu coupable et condamné à la prison à perpétuité, il reçoit des centaines de lettres de soutien, de pétitions, de marques de soutien. Lui est totalement abattu par la nouvelle, il envisage de mettre fin à ses jours. Il a occupé jusque là ses jours  d'incarcération en étudiant la philosophie, obtenant une licence, et en apprenant l'espagnol.

L'issue de son procès très politisé l'anéantit, mais une correspondance amoureuse avec une jeune antillaise rencontrée avant son arrestation le maintient en vie et il l'encourage à écrire un livre sur sa vie. Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France paraît en 1975 et connait un vif succès. L'ouvrage finit de conquérir l'opinion publique qui fait de la révision du procès de Goldman une affaire nationale. La cour de Cassation annule le verdict et un nouveau procès s'ouvre en 1976 qui conduit à l'acquittement de Goldman dans l'affaire du braquage de la pharmacie et à une peine de 12 ans pour les crimes qu'il a effectivement commis.

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Pierre Goldman retrouve son honneur et sa dignité. Il se marie durant sa détention et sort quelques temps plus tard grâce aux remises de peine successives qu'il obtient.

Il est assassiné en pleine rue le 20 septembre 1979 à Paris.

 

Un meurtre sans commanditaire …

Pierre Goldman est assassiné par balle place des Peupliers à Paris. Les témoins parlent de 3 ou 4 hommes, parlant espagnol entre eux, il y aurait eu 3 coups de feu et les meurtriers ont fui dans une Renault 8 rouge immatriculée 94. Moins de 30 minutes après le drame, l'AFP reçoit un coup de fil anonyme qui annonce que la mort de Goldman est revendiquée par un groupe qui se déclare d'extrême droite, Honneur de la Police. Ces gens auraient voulu réagir au laxisme de la justice dans l'affaire du braquage de la pharmacie. Un peu léger se disent les enquêteurs dès l'ouverture des investigations. En effet, on ne saura rien de plus au sujet de ce groupe manifestement inventé pour l'occasion.

Une foule considérable se rend aux obsèques de Pierre Goldman, la France entière est émue par cette tragédie, d'autant que la femme de Goldman accouche de leur fils Manuel quelques heures après son assassinat. Les coupables ne sont jamais identifiés et de nombreuses théories circulent sur le mobile et l'identité des tueurs. On évoque de nombreux groupes semi officiels voire totalement clandestins mais au service d'autorités légales et de gouvernements, le GAL (Groupe Antiterroriste de la Libération) en Espagne, le SAC (Service d'Action Civique) en France, les rescapés de l'OAS (Organisation Armée Secrète), Aginter Press et Stefano Delle Chiaie entre l'Italie et le Portugal. Le point commun de tous ces groupes est leur caractère nationaliste, militant d'extrêmes qu'ils soient à droite ou à gauche.

On reproche à Goldman d'avoir collaboré avec l'ETA (Euskadi Ta Askatasuna) ce qui lui aurait valu sa perte comme le révèle en 2006 le commissaire Lucien Aimé-Blanc: c'est son indic' qui a tué Goldman, Jean-Pierre Maïone. Ce dernier aurait agi avec le GAL, car Goldman cherchait un moyen de prendre les armes contre les anti ETA. Jugé gênant, Goldman aurait été liquidé par Maïone donc avec entre autre un ancien du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE).

Cette version fait scandale en 2006 et réveille les anciennes passions mais c'est Canal + qui relance le débat en janvier 2010 avec un numéro de Spéciale Investigation qui fait témoigner un homme qui se dit ouvertement coupable du meurtre de Goldman. C'est lui qui l'a «fini». Le documentaire réalisé par Michel Despratx (photo) montre donc un surnommé Gustavo, militant d'extrême droite qui affirme avoir agi sur ordre du SAC. Ils étaient 4 hommes d'extrême droite, dont l'un travaillait aux Renseignement généraux, et un autre, le leader du groupe, à la DST, le dernier est dit ancien para.

Chargés de «casser du nègre» c'est-à-dire de saboter tout ce qui vient de l'extrême gauche, ces hommes disent avoir pris leurs ordre directement de Pierre Debizet le patron de la SAC (photo), aujourd'hui décédé. Trop facile de faire parler les morts disent certains. Il n'en reste pas moins que ce genre d'initiatives existait réellement et que les années 70 ont vu nombre de ce genre d'affaires, souvent encore irrésolues, faire scandale quelques mois et être soigneusement classées sans suite.

L'enquête de Despratx révèle donc un crime idéologique, il était inconcevable que Goldman «finisse sa vie tranquille».

Ce documentaire pourrait-il relancer les investigations ? La seule solution pour que cette affaire soit enfin éclaircie est qu'elle soir requalifiée en acte terroriste, ce qui laisserait jusqu'en 2015 aux enquêteurs pour faire la lumière avec les nouvelles données de l'affaire.

On dit également que tant que certaines personnes sont encore en vie, il n'y a aucune chance de connaître la vérité...

 

L'affaire Pierre Goldman en quelques dates

22 juin 1944: Naissance de Pierre Goldman à Lyon

1956: Pierre est interne à Evreux

1958: Pierre demande et obtient l'émancipation

1966: Il embarque pour l'Amérique du Sud mais est renvoyé en Europe

1967: Il s'engage dans l'armée mais déserte dès l'incorporation

1968: Goldman est à Cuba puis au Vénézuela, il s'enrôle dans la guerre civile

1969: Retour en France, début des braquages

1970: Arrestation et incarcération d'abord pour insoumission puis pour le meurtre de 2 femmes

1974: Goldman est condamné à la prison à perpétuité

1975: Sortie de son livre Souvenirs Obscurs d'un juif polonais né en France

1975: Révision de son procès, annulation du verdict, acquittement pour les affaires de meurtre

1976: Sortie de prison

20 septembre 1979: Assassinat de Pierre Goldman

2006: Témoignage du commissaire Lucien Aimé-Blanc qui désigne  Jean-Pierre Maïone comme le tueur

2010: Spécial Investigation sur canal+, Michel Despratx mène une enquête et semble avoir enfin trouvé l'identité des meurtriers

 

Bibliographie et filmographie

Bibliographie

  • Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France
    Pierre Goldman
    Seuil,1975
     
  • Les Rendez-vous manqués (pour Pierre Goldman)
    Régis Debray
    Le Seuil,1975 
     
  • Un K incompréhensible : Pierre Goldman
    Hélène Cixous
    Christian Bourgois,1975
     
  • L'Homme qui est entré dans la loi Pierre Goldman
    Wladimir Rabi
    Éditions La pensée sauvage,1976 
     
  • L'ordinaire Mésaventure d'Archibald Rapoport
    Pierre Goldman
    Julliard,1977
     
  • L'Insoumis
    Jean-Paul Dollé
    Grasset,1997 
     
  • La Vie rêvée de Pierre Goldman
    Antoine Casubolo
    Éditions Privé, 2005 
     
  • Pierre Goldman, le frère de l'ombre
    Michaël Prazan
    Le Seuil, 2005 
     
  • Matricule 518.941-2.87 : prison de Fresnes : correspondance d'un prévenu avec son professeur Amnassar
    Les Presses Littéraires, 2005
     
  • L'Indic et le Commissaire
    Lucien Aimé-Blanc et Jean-Michel Caradec'h
    Plon, 2006
     

Filmographie

  • Pierre Goldman
    Série programmée en 2011 par canal + 
    Réalisée par Christophe Blanc sur un scénario de Dan Franck