Richard Durn et la tuerie à la Mairie de Nanterre

27 mars 2002, lors du Conseil municipal de Nanterre. Au terme de la séance présidée par la Maire de la ville, un étudiant, Richard Durn, sort une arme dissimulée sous sa veste et tire. Bilan : 8 élus sont tués, 19 autres blessés. Maitrisé, l'assassin dit : «Tuez-moi!»

Comment un tel drame a pu arriver? Comment un jeune étudiant est-il devenu un « tueur de masse » ?

Richard Durn, étudiant français d'origine yougoslave, avait un beau parcours universitaire derrière lui. Il était titulaire d'une Maîtrise en Sciences politiques et d'une licence d'Histoire. On pouvait même discerner dans sa personnalité des traits positifs. Il y avait chez lui une orientation altruiste. En effet, le jeune homme s'était impliqué, à plusieurs reprises, dans des oeuvres humanitaires.

Mais Richard Durn possédait aussi ce besoin exacerbé de reconnaissance sociale. Un besoin si présent qu'il ressentait constamment un sentiment d'injustice, très proche de la paranoïa. Aussi, après avoir participé à plusieurs missions humanitaires en Yougouslavie, il rentra en France, saisi d'un comportement dépressif. Il accusait les associations d'avoir profité de lui et du système.

Ces deux traits de personnalité se confrontaient sans cesse: vouloir aider les plus démunis, sans pouvoir y parvenir. Est-ce la déception de croire les organismes humanitaires corrompus qui l'a conduite à son crime? Ou est-ce  un désespoir tenace qui l'a fait basculer? Nous ne le saurons probablement jamais. Richard Durn n'aura pas le temps de se dévoiler, sinon par une lettre laissée en guise d'explication. Un testament.

 

Le jour du drame

Petit retour sur cette soirée du mercredi 27 mars 2002. 19h00, Richard Durn rentre dans la salle du conseil municipal de Nanterre. Il n'a pas été fouillé, l'accès à ce genre de réunions ne fait pas l'objet de précautions particulières. Pourtant, Richard Durn est armé. Il cache un revolver et deux pistolets, le genre d'armes utilisées par l'armée et les forces spéciales autrichiennes.

Il échange quelques mots avec des élus avant de s'installer sur les bancs réservés au public. Les 40 élus s'installent. La séance commence. A 1h15 du matin, à l'issue des débats, Richard Durn se lève, calmement. Il sort les armes de  sa poche et tire, simplement. Il tue huit élus, membres de divers partis politiques. Quatre hommes, quatre femmes. Il blesse 19 autres personnes présentes sur les lieux, dont 4 très grièvement.

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Richard Durn

Dominant sa stupeur, René Amand, maire-adjoint de la ville, parvient à maîtriser le forcené, alors que celui-ci s'apprête à recharger son arme. Huit hommes et femmes ne se relèveront pas.

Le plan rouge est immédiatement déclenché. Il s'agit d'un plan d'urgence destiné porter secours à un nombre important de victimes dans un même lieu. Il prévoit les procédures d'urgence et les moyens à engager en vue de remédier à un événement catastrophique. C'est ainsi que se mobilisent conjointement les autorités locales et les services et organismes qui participent à l'aide médicale d'urgence et aux transports sanitaires. Une quarantaine de personnes seront ainsi prises en charge par les services médico-psychologiques.

 

Un drame inutile

Après son arrestation, Richard Durn est conduit dans les locaux de la brigade criminelle, 36 Quai des Orfèvres, à Paris. Il passe rapidement aux aveux, corroborés par une lettre-testament envoyée à une amie peu avant le crime. Mais bientôt, un événement troublant va survenir. En effet, 36 heures plus tard, lors de son interrogatoire, Richard Durn se suicide en se défenestrant du quatrième étage de l'immeuble où il est entendu par les enquêteurs. L'action de justice est ipso facto éteinte.

Après le suicide du prévenu vont s'élever des réactions d'indignation. Comment un suspect aussi dangereux a-t-il pu échapper à la vigilance des policiers? Pourquoi avoir démenotté un homme psychologiquement fragile habité d'intentions suicidaires? Une enquête conjointe de la Chancellerie et du Ministère de l'Intérieur aboutit finalement assez rapidement à la mise hors de cause totale des policiers chargés de la surveillance du prisonnier. Ceci ne satisfait pas pour autant les habitants de Nanterre, encore sous le choc.

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Le corps de Richard Durn

Les obsèques de deux victimes auront lieu le 30 mars. Celles des 6 autres le 2 avril, en présence de Jacques Chirac, président de la République et Lionel Jospin, premier ministre, entouré de la quasi totalité des membres de son gouvernement.

Finalement, ce drame aura fait beaucoup de victimes et troublé la sérénité de Nanterre, sans raison apparente. Ce drame aurait-il pu être évité? Peut-être. Peut-être pas. Néanmoins, un décret, paru en décembre 2005 au Journal Officiel, renforce désormais le contrôle de la détention d'armes. Presque 7 ans après la tuerie de Nanterre, ce texte répond à plusieurs dysfonctionnement révélés par l'enquête: y figure notamment l'obligation de présenter un certificat attestant que "l'état de santé physique et psychique du demandeur n'est pas incompatible avec la détention d'armes".

 

La tuerie de Nanterre en quelques dates

  • 27 mars 2002: Richard Durn sort un revolver en plein conseil municipal, à Nanterre, et tue 8 élus: Louisa Benakli, Christian Bouthier, Jacqueline Duplenne, Monique Leroy-Sauter, Olivier Mazotti, Valérie Méot, Michel Raoult et Pascal Sternberg.
  • 19 autres personnes sont également blessées , dont 4 grièvement.                              
  • 28 mars 2002: Richard Durn se suicide lors de son interrogatoire.
  • 2 avril: Cérémonie officielle en l'honneur des disparues, en présence des plus hautes autorités de l'État.
  • 14 septembre 2002: Les victimes sont décorées de la Légion d'honneur, à titre posthume.

Bibliographie

  • French Tabloïds de Jean-Hugues Oppel                                                                                                              
    Ed. Rivages, sortie en 2005
     
  • Richars Durn, les morts pour le dire de Jean-Pierre Lebrun                                                                    
    Ed. L'Harmattan, sortie en 2004
     
  • Ombre portée, autopsie d'un tueur de masse                                                                                      
    Ed. Amalthée, sortie en 2008
     
  • Pourquoi eux et pas moi? de Nathalie Koubbi, survivante de la tuerie de Nanterre                                      
    ​​​​​​​Ed. Presses de la Renaissance, sortie en 2004

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