Trafic Humain

En juin 2000, 58 personnes sont retrouvées asphyxiées à l’arrière d’un camion au port de Douvres. Si le cas est dramatique, il n’est malheureusement pas isolé.

En effet, la fin du 20ème siècle et ce début de 21ème ont vu la résurgence du pire des trafics : celui d’êtres humains. On le croyait pourtant aboli en même temps que l’esclavage, on aurait voulu croire en un monde plus humain… ils seraient pourtant encore 2 millions par an à être vendus comme de vulgaires marchandises.

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Une opération d’Amnesty International pour dénoncer le trafic humain

En juin 2000, 58 personnes sont retrouvées asphyxiées à l’arrière d’un camion au port de Douvres. Si le cas est dramatique, il n’est malheureusement pas isolé. En effet, la fin du 20ème siècle et ce début de 21ème ont vu la résurgence du pire des trafics : celui d’êtres humains. On le croyait pourtant aboli en même temps que l’esclavage, on aurait voulu croire en un monde plus humain… ils seraient pourtant encore 2 millions par an à être vendus comme de vulgaires marchandises.

 

L’affaire de Douvres

Douvres est l’un des principaux ports d’entrée au Royaume-Unis. En juin 2000, lors d’un contrôle de routine, les douanes inspectent un camion frigorifique transportant des tomates en provenance des Pays-Bas. A l’intérieur, ils découvrent les cadavres de 58 personnes, asphyxiées. Toutes adultes, toutes d’origines asiatiques. Entassées dans un conteneur hermétique, elles auraient été tuées par des émanations de dioxyde de carbone.

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« Le trafic humain est l’esclavage des temps modernes »,
Campagne d’informations de l’association Human Trafficking

Le nombre important de victimes relance le débat en Europe sur le trafic humain. En effet, l’espace Schengen n’a jamais prévu de mesures pour faire face à ce genre de situation. Chaque pays gère l’immigration clandestine à sa manière, mais souvent de façon absurde. Car là où de nombreux gouvernements, comme l’Angleterre ou la France, posent bêtement des mesures répressives, il serait bon de comprendre le parcours de ces clandestins et de prendre en considération qu’ils sont souvent les victimes et non pas les criminels.

 

La Chine exportatrice

Le Chine est une plaque tournante de trafic d’êtres humains. D’abord à l’intérieur de ses propres frontières, ensuite à l’international. Pays immense, la Chine est majoritairement rurale. Jouant sur la misère de régions laissées à l’abandon, des trafiquants sans scrupules promettent une vie meilleure, un emploi bien payé et de fantastiques opportunités à des jeunes voulant améliorer leur condition. Pour ceux qui se font prendre au piège commence un véritable enfer.

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Le Drapeau Chinois, de ce territoire où le trafic d'êtres humains est extrêmement présent

On les emmène vers les grandes villes. Pour cela, ils s’endettent auprès de leurs convoyeurs. Mais ils rembourseront grâce au confortable salaire qu’ils gagneront bientôt. Du moins, c’est ce qu’ils croient. Car à leur arrivée, ils sont vendus. Les hommes travailleront clandestinement dans des ateliers, des usines ou comme serviteurs auprès de familles riches. Ils seront payés une misère. Les femmes, elles, sont vendues dans des bordels, ou directement mises sur le trottoir pour le compte de proxénètes. Certaines sont vendues comme épouses forcées.

Les choses ne sont pas différentes pour ceux qui tentent l’aventure à l’étranger. La destination privilégiée est l’Europe : Belgique, Hollande, Angleterre, France, Allemagne... L’Europe riche qui fait tant rêver. Selon la destination, le voyage coûte à ces immigrés entre 20 000 et 35 000 euros. Bien sur, somme qu’ils n’ont pas et qu’ils doivent rembourser. Le voyage s’effectue dans des conditions minables, en fond de cale ou à l’arrière de camions. Ils sont entassés, peu nourris et les conditions d’hygiènes sont horribles. Ils sont nombreux chaque années à ne pas atteindre la terre promise. Un fois à destination, on les raquette de nouveau, pour payer les papiers qui leurs permettront de régulariser leur situation. Papiers qu’évidemment ils n’auront jamais. Ils sont alors vendus à des employeurs peu scrupuleux, sont payés une misère, parqués dans des habitations insalubres et vivent dans la terreur constante de se faire interpeller par les autorités.

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Carte des origines et destinations du trafic humain en 2006

Une fois pris dans l’engrenage, faire marche arrière est impossible. S’ils se rebellent, on les menace de s’en prendre à leurs familles. Parents ou enfants, tout est bon pour faire pression. Si cela ne convainc pas, ils sont tués. Et d’autres prendront la place. Le trafic humain rapporterait aux triades chinoises quelques 7 milliards d’euros par an.

 

Une majorité de femmes

Les cartels chinois ne sont malheureusement pas les seuls à se livrer au trafic d’être humain. Et presque deux tiers des personnes ainsi vendues sont des femmes.

Rien qu’a Paris, chaque année, elles sont entre 300 et 400 à arriver pour arpenter les boulevards. Venues de Moldavie, de Bulgarie ou de Roumanie, ces jeunes femmes, parfois mineures, sont vendues à des proxénètes. Clandestines, menacées, elles n’ont d’autres choix que d’obéir. On les maintient dans un état de pauvreté suffisant pour les empêcher de rentrer chez elles. De toutes façon, si elles fuient, leurs familles seront tuées, et elles aussi.

En Afrique, elles sont des milliers chaque année a être ballotées de pays en pays. Souvenez-vous de ce qui s’est passé lors de la Coupe du monde de 2010, en Afrique du Sud. Des centaines de jeunes femmes de toute l’Afrique ont été envoyées pour alimenter les bordels aux abords des stades.

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Mais la prostitution n’est le seul projet que les trafiquants ont pour ces femmes. En véritables esclaves modernes, elles peuvent aussi êtres vendues comme servantes. On croyait cette pratique appartenant à un autr temps. Pourtant cela existe encore en Europe, en Russie, en Amérique, en Afrique… On peut enfin les trouver comme ouvrières clandestines dans des usines ou des restaurants.

 

Les enfants, denrée non négligeable

Que ce soit sur le marché de la prostitution ou du travail clandestin, les enfants ne sont pas absents du trafic d’être humain. En Côte d’Ivoire, par exemple, ils sont nombreux à travailler dans divers plantations, dans des conditions inhumaines, et dès l’âge de 8 ans. De nombreuses usines de textiles à travers le monde sont friandes de leurs petites mains agiles et de cette main d’œuvre à faible coût.

Ils ne sont pas traités différemment des adultes. Ils peuvent être arrachés de force à leurs familles, mais, souvent, ils sont vendus par leurs parents. Ils sont alors forcés au travail jusqu’à épuisement, privés de toute éducation et maintenus dans la misère. Maltraités par leurs bourreaux, ils ont l’avantage de ne pas représenter une menace trop grande de révolte.

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Profil des victimes du trafic humain en 2006

Il existe un marché qui leur est plus spécifiquement destiné : le trafic de nourrissons. Cela concernent des enfants de leur naissance à leurs 4 ans environ. Ils sont destinés à être vendus à des couples qui n’arrivent pas à procréer ou à adopter selon les lois de leur pays de résidence. Si la plupart du temps cela se finit bien pour ces enfants, qui sont alors élevés au sein d’une famille, il est arrivé que des enfants soient achetés pour servir de jouet sexuel ou comme objet de torture. Histoire incroyable, en 1999, un couple a mis en vente son bébé sur Ebay.

 

L’Amérique n’est pas en reste

Ces pratiques existent évidemment aussi sur le continent américain. On ne compte plus les clans mafieux qui font passer la frontière des Etats-Unis à des mexicains qui n’y trouveront que misère, exclusion et souffrance.  

De même en Amérique du sud où le phénomène est amplifié par le trafic de drogue. Difficile pour des trafiquants de drogue d’embaucher légalement des ouvriers dans les champs illégaux de pavot ou de coca. Alors au lieu de les embaucher, ils achètent leurs ouvriers.

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Principales routes de la drogue en 2010

A coups de promesses d’une vie meilleure et de menaces de représailles, les trafiquants exploitent également ce que l’on appel des « mules ». Le principe est simple : on place des sachets de drogue dans l’estomac d’une personne, on l’envoie clandestinement aux Etats-Unis où un contact récupère la drogue, et la mule peut tenter l’aventure du rêve américain. Sauf qu’il est fréquent que les sachets de drogue s’ouvrent et que la mule en meurt. Sauf que lorsque qu’il faut récupérer la drogue, éventrer la mule est plus courant qu’une récupération en douceur. Sauf que lorsque la mule se fait interpeller par les autorités, c’est elle qui finit ses jours en prison.

 

Le trafic d’organes

Le dernier, et non le moindre, des trafics qui concerne les êtres humains est celui des organes. Il existe deux cas de figure : ceux qui vendent eux-mêmes leurs propres organes, et ceux qui prélèvent sur d’autres, sans forcément leur demander leur avis. Pour ce dernier cas, on se souvient tristement de William Burkeet William Hare qui ont lancé la pratique en 1827 en Ecosse, en tuant au moins 17 personnes pour les revendre en pièces détachées.

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Corps de Bilal Ghanan, assassiné pour ses organes

On compte au minimum 30 000 dollars pour une corné, 62 000 pour un rein ou 150 000 pour un poumon. La demande existe, alors on comprend vite que des médecins peu scrupuleux se livrent à cette pratique très lucrative. Et internet facilite grandement l’écoulement de la marchandise ! Bien qu’Ebay soit très vigilant sur ce genre de trafic, on a trouvé il y a quelques années sur le site d’enchère une annonce disant : « Rein humain fonctionnel à vendre. Vous pouvez choisir n'importe lequel des deux. L'acheteur assumera tous les coûts médicaux et de transplantation. Évidemment, un seul rein est à vendre car j'ai besoin de l'autre pour survivre. Offres sérieuses seulement ».

Le site ne s’est aperçu de ce qu’il se passait que lorsque l’enchère avait déjà atteint 5,7 millions de dollars. La vente d’ovules ou de sperme est également monnaie courante, avec pour cible des couples en mal de parentalité.

Concernant le trafic d’organes, il est interdit dans de nombreux pays, au titre de « l’indisponibilité du corps humain ». Si le don est toléré, la vente ne l’est pas. Pour le trafic de personnes entières, il est condamné un peu partout. Mais la misère, la corruption et l’argent qu’il engrange le rende très difficile à stopper.

 

Bibliographie sélective

  • Identifier, Acceuillir, Accompagner les victimes de la traite, collectif, Ed. Ac.Sé, 2006
     
  • Prostitution africaine en Occident, d’Amély-James Koh-Bela, Ed. Ccinia Communication, 2004
     
  • L’esclavage sexuel : un défi à l’Europe, sous la direction de Matiada Ngalikpima, Les Editions de Paris - Fondation Scelles, 2005
     
  • L’esclavage, en France, aujourd’hui, de Christine Lazerges et Alain Vidalis, Ed. Les documents d’information de l’Assemblée Nationale, 2001
     
  • Voleurs d’organes, Enquête sur un trafic, de Marie Monique Robin, Ed. Bayard, 1996

Le trafic humain en quelques dates

1808 à 1888 : L’abolition de l’esclavage se propage dans le monde entier et le trafic humain disparaît quasiment

1990 : le trafic humain reprend de façon notable

Juin 2000 : 58 clandestins sont retrouvées asphyxiées à l’arrière d’un camion au port de Douvres

15 décembre 2000 : signature du traité de Palerme, qui met en place une juridiction internationale contre le trafic humain

16 février 2005 : une étude revèle que le trafic humain rapporte 9,2 milliards d’euro par an

16 mai 2005 : le Conseil de l’Europe adopte La convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains

 

Crédits

  • IMG 1 : Une opération d’Amnesty International pour dénoncer le trafic humain © Amnesty International
     
  • IMG 2 : « Le trafic humain est l’esclavage des temps modernes », Campagne d’informations de l’association Human Trafficking, 2008, © Human Trafficking
     
  • IMG 3 : Drapeau Chinois, libre de droit
     
  • IMG 4 : Carte des origines et destinations du trafic humain en 2006, ©UNODC
     
  • IMG 5 : Répartition des victimes féminines du trafic humain en 2007, ©UNODC
     
  • IMG 6 : Profil des victimes du trafic humain en 2006, ©UNODC
     
  • IMG 7 : Principales routes de la drogue en 2010, libre de droit
     
  • IMG 8 : Corps de Bilal Ghanan, assassiné pour ses organes, libre de droits, 2009