Tupac

Rappeur, acteur, poète, producteur de musique et scénariste américain, Tupac Amaru Shakur est aujourd’hui une figure emblématique du Rap et du militantisme pour l’égalité des chances. Plus connu sous les pseudonymes de 2pac ou de Makaveli, il est non seulement devenu l’un des musiciens les plus connus au monde, comptabilisant près de 75 millions de disques vendus et classé 86ème parmi les plus grands artistes de tous les temps par le magazine Rolling-Stone ; mais c’est aussi un activiste social reconnu pour ses textes engagés. Inspiré par son expérience personnelle, il traite de la misère des ghettos, de son enfance au sein d’un milieu violent, du racisme et des problèmes de société.  Sa vie s’arrête le 13 septembre 1996 : alors qu’il n’a que 25 ans, Tupac Amaru Shakur est touché par balle lors d’une fusillade. Retour sur une existence hors-norme et sur le mystère qui entoure son décès.

Tupac Amaru Shakur est né le 16 juin 1971 dans le quartier d’East Harlem, à Manhattan. Ses parents, Afeni Shakur et Billy Garland, sont deux membres actifs des fameux Blacks Panters de New York. Il voit le jour à peine un mois après l’acquittement de sa mère, arrêtée pour plus de 150 accusations de « complot contre le gouvernement des États-Unis et les monuments de New York ». Ses deux parents se séparent avant même sa venue au monde, il restera auprès de sa mère, déménageant constamment et luttant perpétuellement contre la pauvreté. La lutte est clairement la notion qui définit au mieux la vie et l’œuvre de Tupac. 

Dès l’enfance, son existence même semble s’inscrire dans un mouvement de révolte,  de lutte et d’incarcération. C’est cette vie qui forgera, pas à pas, la légende du rappeur.  Sa mère, son parrain, son beau père… tous sont déjà passés par la case prison  pour des délits allant du simple vol au meurtre. Tout ces déboires n‘empêcheront jamais Tupac de s’épanouir à l’école et de développer ses qualités artistiques. 

 

L'artiste

Cette force de caractère, c’est ce qu’il appellera par la suite la Thug Life, véritable combat philosophique du chanteur. Il ira jusqu’à se tatouer l’expression sur le ventre, inventant même un acronyme pour définir cette pensée : The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody soit « la haine que tu donnes à tes enfants, tu la reprendras dans la gueule ».

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Un adepte des tatouages, avec " Thug Life " sur le ventre

Loin d’être une incitation à la haine et à la violence, comme certain l’ont pensé, il s’agissait au contraire d’encourager la population à surmonter les obstacles afin de réussir à atteindre ses objectifs, à lutter pour survivre. A ses détracteurs, Tupac répondait souvent « Je ne suis pas un gangster et ne l'ai jamais été. Je ne suis pas le voleur qui s'empare de votre sac à main. Je ne suis pas le gars qui fait du carjacking. [...] J'ai un emploi. Je suis un artiste ». Un artiste, il l’était. Véritable virtuose du Rap, sa carrière se lance dans les années 1990, lorsqu’il est recruté par les Digital Underground, célèbre groupe de Hip Hop d’Oakland. 

En effet, Tupac était un artiste et il marqua à jamais le monde du hip hop et du rap américain. Sa carrière débute au sein du groupe Digital Underground, il travaillera un moment avec eux mais très vite, il sort son premier album solo : 2Pacalypse Now. C’est le début d’une carrière artistique très engagée qui lui vaudra de remporter un franc succès au près des minorités et, plus généralement, de la population. Impliqué politiquement, il dénonce les inégalités sociales et l’agressivité qui règne au sein des ghettos mais ajoute toujours à ses textes une forte dose d’espoir. Il deviendra, au fil des albums, une véritable icône, un symbole d’avenir pour la jeunesse. Il sort un second, puis un troisième album solo, et tous connaissent le même succès. Disque de platine, Top 30 R’n’B, disque d’or… Tupac atteint des sommets. En plus de la musique il connaît aussi une forte notoriété pour ses talents d’acteur. Il jouera notamment aux cotés de Janet Jackson dans Poetic Justice de John Singleton.

 

Des démêlés fréquents avec la justice

Même si il est reconnu pour ses talents artistiques et que l’industrie du Rap en a été transformée à jamais, Shakur a acquis une grande part de sa notoriété pour ses nombreux conflits avec la justice. Il n’est que très peu considéré par les conservateurs et le Vice Président des Etats-Unis de l’époque, Dan Quale, dit à qui veut bien l’entendre que le chanteur n’a pas sa place dans la société. Il est considéré comme une véritable menace et le meurtre, en 1992, d’un policier par un adolescent qui dit avoir été influencé par les chansons du chanteur, n’améliorera pas son image.  Ses textes sont violents, les images qu’il véhicule sont très explicites… les débats dont il fait l’objet sont de plus en plus houleux. 

La même année, un drame vient consolider son image de gangster : alors qu’il signe quelques autographes à la suite d’un concert, un règlement de compte dégénère, Tupac sort une arme, son demi-frère tire et un enfant de 6 ans est touché alors qu’il fait tranquillement du vélo à quelques rues de là. Le petit garçon meurt, Tupac et Maurice Harding, son demi-frère, sont arrêtés mais très vite relâchés par manque de preuve. Son image en ressort fortement entachée. 

Bagarres, coups de feu, drogues… il fait de nombreux allers-retours en garde à vue, pour différentes raisons, mais n’y restera jamais bien longtemps. Jamais, jusqu’au mois de novembre 1993 lorsqu’il est accusé, avec d’autres amis, d’avoir agressé sexuellement une fan. Bien qu’il ne cesse jamais de nier et d’affirmer que la jeune femme était consentante, il n’échappe pas, cette fois,  à son procès. Reconnu coupable d’abus sexuel, il est condamné à un an et demi de prison. 

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Victime d'une tentative de meurtre, c'est en fauteuil roulant que Tupac se rend au procès

A la veille du procès, le 30 novembre 1994, Tupac, Freddie Moore, (son manager) et un troisième homme sont victimes d’une tentative de meurtre. Le chanteur s’en tire vivant mais reçoit 5 balles : 2 à la tête, 2 à l’aine et 1 au travers du bras. Son manager lui aussi en reçoit une. Ils s’en sortent sans trop de séquelles mais plus tard, Tupac soupçonnera Sean Combs, Ande Harrell et Notorious BIG. En effet, ils les auraient aperçus juste après l’agression et ceux-ci n’auraient rien fait pour les aider. 

Shakur soupçonne également son ami et associé, Randy « Stretch » Walker, d'être impliqué dans la tentative de meurtre. Le lendemain, Shakur assiste au verdict de son procès en fauteuil roulant. Son handicap n’attendrit pas les juges puisqu’il est reconnu coupable d’abus sexuel et condamné à un an et demi de prison. 

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Suspecté par Tupac, Randy « Stretch » Walker décède un an plus tard

Un an plus tard, le 30 novembre 1995, Stretch est assassiné de plusieurs balles dans le dos au volant de sa mini-fourgonnette par trois hommes.

 

Son séjour en prison

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Me against the World, enregistré par Tupac alors qu'il était en prison

Le 14 février 1995, Shakur entre à la prison de Dannemora. Pendant son séjour en prison, il sort Me Against the World, premier album multi-platine du chanteur. Le disque est tout de suite numéro un au Billboard 200 et ce pendant cinq semaines. Tupac devient le premier artiste à décrocher, depuis la prison, la première place des classements. En parallèle, il épouse sa petite amie de longue date, Keisha Morris, le 4 avril 1995. Le couple divorcera en 1996. Durant sa peine, Tupac écrit également le scénario de Live 2 Tell, l'histoire d'un adolescent devenu baron de la drogue. C’est une période  faste pour l’artiste. 

En octobre 1995, l'affaire passe en appel, mais les frais juridiques qu’impose cette nouvelle procédure sont trop élevés. C’est Suge Knight, directeur de la boîte de production Death Row, qui paiera la caution de 1,4 million $ pour le faire sortir. Ce n’et pas un acte totalement charitable : en contre partie, Tupac s’engage à signer et enregistrer trois albums avec le label. 

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Suge Knight, directeur de Death Row paya la caution pour libérer Tupac

De retour immédiat en studio, Tupac fonde les Outlaw Immortalz. Avec eux,  il publie  « Hit 'Em Up ». Par cette production, il lance une provocation directe à Biggie (Notorious BIG) et aux membre de son groupe, les Bad Boys Records.  Il y avouera avoir eu des relations avec la femme de ce dernier et se moque des membres du groupe en remettant en cause leur crédibilité au sein du monde de la rue... Bien qu'aucune preuve tangible ne le confirme, Shakur est convaincu que certains membres de Bad Boy étaient à l’origine de l’attaque qu’il a subit la veille de son procès. C’est notamment cette rivalité entre Tupac et Biggie qui envenimera la guerre West Coast/East Coast, aujourd’hui encore bien connue.

 

Le 7 septembre 1996, meurtre sur fond de guerre des gangs

Sa dernière soirée, 7 septembre 1996, Tupac la passe au match de boxe opposant Mike Tyson à Bruce Sheldon. On sait que Tupac a eu une violente altercation avec un autre rappeur durant le match. A la suite de cette bagarre, il monte, avec quelques-uns de ses proches, dans la berline noire de Suge Knight, en direction du Club 662. Tupac n’aura jamais l’occasion de se présenter devant le videur. 

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Dernière photo de Tupac le soir de sa mort

A 22h50, alors qu’il baisse sa vitre à un feu rouge, un photographe présent à ce moment-là prendra la dernière photo de Tupac en vie. Un quart d’heure plus tard, alors que le véhicule est arrêté à un second feu rouge, une Cadillac blanche s’approche, les passagers ouvrent leur fenêtre et tirent sur les passagers de la berline, Tupac en tête. Cette fusillade lui sera mortelle, le chanteur reçoit 13 balles dans la poitrine, son meurtrier ne lui laissant aucune chance de survie. 

Il meurt le 13 septembre, après quelques jours dans le coma sous respiration artificielle et de nombreuses opérations chirurgicales, sans succès. 

Les causes de sa mort sont encore sujettes à de nombreuses théories. Alors que l’investigation policière ne donne rien, de nombreuses enquêtes indépendantes sont menées. Les principales accusations reposent évidemment sur Biggie. Ce dernier est d’ailleurs assassiné, lui aussi, en mars 1997, un an après Tupac. De nombreux articles de presse le montre du doigt, à l’instar du Los Angeles Times qui publie une tribune de Chuck Philips (Journaliste d’investigation et lauréat du prix Pulitzer) affirmant détenir les preuves de son implication. Pourtant, les preuves avancées seront  vite désignées comme frauduleuses, et Chuck Philips quittera le Times peu de temps après. 

D’autres accusations portent plutôt sur Suge Knight…

Le commanditaire de l’attaque reste donc, encore aujourd’hui, tout à fait énigmatique, et pour cause, 98 personnes,  tous les témoins directs ou indirects de la fusillade, ont été assassinés depuis.

 

Ressources

Bibliographie :

En français :

  • Tupac Shakur, sans concession de Barnaby Legg, Jim Mac Carthy, Flameboy,
    Indeez éditions, 2009
    Tupac Shakur d'Olivier Granoux
    K&B, 2008

En anglais :

  • Tupac : Resurrection, de Jacob Hoye
    Atria, 2006
     
  • Back in the day: my life and times with Tupac Shakur, de Darrin Keith Bastfield
    Da Capo Press, 2002
     

Documentaires :

  • Welcome to Death Row, de S. Leigh Savidge et Jeff Scheftel, 2001
     
  • Biggie & Tupac, de Nick Broomfield , 2002
    ​​​​​​​
  • 2003 : Tupac : Resurrection, de Lauren Lazin, 2003
     
  • Tupac : Assassinat d’une icône, 13ème rue, Les faits Karl Zero, 2011